‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 224 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dans une certaine mesure l'économie première du projet. « On voulut à toute force avoir un abrégé de dogmatique; chacun arriva avec son article pour remplir quelque lacune.... Si Ton s'arrêta devant l'insertion des peines éternelles, ce fut uniquement par des considérations personnelles1. » L'article ainsi amendé présentait un symbole infiniment moins large que celui qui avait été proposé par la commission, lequel l'était déjà moins que celui qu'avait rédigé Vinet.

Malgré les divergences de vues, l'accord le plus réjouissant, quant à la doctrine, n'avait pas tardé à se manifester. Les membres du synode se sentaient unis par le lien de la même foi, assis sur l'immuable rocher des siècles, qui est Christ. Ils variaient, non sur les objets de la foi, mais sur la manière de les proclamer. Ce fut un beau moment que celui où l'assemblée tout entière se prononça pour l'adoption définitive de l'article. Après la votation, une prière d'actions de grâces fut adressée au Dieu de vérité, auteur de tout don parfait2.

L'art. 5 du projet, qui fondait l'église libre sur la libre accession, donna lieu à de fort longs débals. La lutte s'engagea entre les partisans de ce qu'on appelait le mullitudinisme absolu et ceux du système que nous appellerions le multiludinisme professionnel. En présence de ces deux manières de voir si complètement différentes, la difficulté d'une conciliation était énorme. La généralité du synode constituant, ou peu s'en fallait, inclinait à admettre la profession comme le projet la proposait. A l'occasion de cet article, il y eut jusqu'à dix-huit amendements proposés. M. Espérandieu n'aurait demandé de déclaration formelle que de ceux qui n'auraient pas été baptisés

1 E. Schérer, Alexandre Vinet, pag. 172. * L'Avenir, 1847, N° 6, 17 mars.

et confirmés dans l'église libre. Contrairement à l'idée émise dans Y Exposé des motifs, il croyait que la qualité de membre de l'église libre se présumerait chez ceux qui communieraient dans cette église.

Dans la seconde partie de la séance, M. Bauty se mêla à la discussion avec une chaleur proportionnée à l'importance du sujet. Il parla avec une facilité, un entrain dont l'assemblée fut frappée. Pour lui, ce qui se cachait sous la question de la profession, c'était de savoir si l'église libre serait une église séparatiste, mais s'énonçant avec plus de sagesse et de retenue que les précédentes.

« 11 y a deux opinions, dit-il ; d'après l'une, l'église est une association locale de personnes qui se reconnaissent à une profession de la foi chrétienne. Cette vue provient de l'ardent désir de rejeter le formalisme. L'autre opinion remonte à la position des enfants des chrétiens dans l'église. On les regarde comme lui appartenant. On se fonde sur 1 Cor. VII, 13, 14. D'après cela, les enfants des membres de l'église ont une autre position dans l'église que celle que leur fait le § c. du projet *. Saint Paul y tient tellement qu'il veut considérer le conjoint païen comme sanctifié en quelque sorte par son union avec un chrétien. Le mot de saints appliqué aux membres de l'église et à leurs enfants signifie consacrés à Dieu, appelés. Il faut donc reconnaître aux enfants des chrétiens la qualité de membres de l'église. Dans l'église .primitive, on n'entrait pas dans l'église après une profession sans être baptisé. De plus, nous ne voyons pas dans les Actes que des personnes baptisées ne fussent pas membres de l'église, sauf le cas d'apostasie notoire. Les enfants appartiennent donc au corps extérieur de l'église. Dans le projet, il y a en germe le système baptiste. Le baptisme veut que le membre de l'église fasse une profession libre et spontanée de la foi chrétienne. Mais, dans le point de vue que je combats, on est inconséquent en ce qu'on admet le baptême des enfants sans considérer ceux-ci comme membres de la société religieuse. Si l'on admet le principe de la profession, on n'a plus une église de multitude, tandis que si les enfants des membres de l'église sont membres de l'église, on a l'église de multitude. Voilà donc deux systèmes très divers.

1 « L'église étend sa sollicitude et ses soins aux enfants de ses membres. »

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