CHAPITRE IV
» L'église sera-t-elle société ou convocation? Elle est les deux choses; convocation, car la prédication de l'Evangile est un appel divin aux âmes. L'église d'ailleurs comprend les enfants qui en deviennent membres par la naissance et le baptême. L'église est une société (non une association); mais la société ne dépend pas de la libre volonté de l'homme. Il y a ici la même différence qu'entre ceux qui admettent le contrat social et ceux qui pensent que Dieu a créé l'homme pour la société. L'église est une convocation, mais Dieu nous réunissant par sa convocation, forme de nous une même société et nous fait jouir ensemble des mêmes biens spirituels. L'église est un corps formé par Dieu.
» Voilà l'église, fondée sur le baptême des enfants; convocation, église de multitude. Quant au vœu du baptême, le symbole est celui d'une renonciation au monde. L'enfant ne peut faire ce vœu; les parrains le font pour lui. Quand l'enfant est arrivé à l'âge de maturité, il accepte le vœu qu'il n'a pu faire : il déclare accepter le baptême et ses conséquences.
» Ces deux points de vue existant, il faut se concilier si l'on veut éviter le schisme. L'art. 5 ne peut nous convenir sous ce rapport. La déclaration qu'on exige est en quelque sorte au-dessus du baptême, de la confirmation, et même de la célébration de la sainte cène.... Le point de vue de la profession substituée au baptême, a présidé à la rédaction du projet, comme le fait voir le § c. Ce § est fâcheux, car l'église embrasse dans sa sollicitude tous les enfants et tous les hommes. »
A la suite de la discussion sur l'art. 5, le synode s'arrêta à Tune de ces rédactions qui surgissent quelquefois sous l'influence d'un désir puissant de s'accorder en se faisant des concessions mutuelles. La majorité de l'assemblée consentit à ce que l'idée de la libre accession fût exprimée dans les termes les plus adoucis, et la minorité l'admit sous cette forme.
En dehors du synode constituant, l'art. 5 du projet devait attirer l'attention. La composition de l'église et les conditions d'entrée dans son sein étaient des points capitaux. L'Exposé des motifs ayant paru attaquer la pratique des églises dissidentes,
deux des chefs de ces églises prirent la plume et adressèrent aux rédacteurs de Y Exposé la lettre suivante :
Chers frères en Jésus- Christ notre Seigneur,
Deux de vos frères en la foi, ayant lu votre rapport au synode contenant l'exposé des motifs du projet d'organisation de l'église libre, y ont trouvé à la fin de la page seizième, la période transcrite ci-après, et au sujet de laquelle ils ont à vous communiquer quelques observations fraternelles, sous un point de vue qui peut avoir quelque chance d'utilité actuelle pour vous-mêmes.
« L'art, 5 place nettement l'église libre sur le terrain des églises de multitude, si l'on entend par là les églises prêtes à accueillir fraternellement tous ceux qui veulent profiter des secours spirituels qu'elles peuvent fournir, sans soumettre ceux qui viennent frapper à leur porte à un examen de conscience, souvent suivi d'injustes refus, toujours de jugements indiscrets, téméraires et grossiers. Que tous ceux qui se réclament du nom béni du Seigneur soient toujours reçus avec amour dans nos rangs, et que Celui qui sonde les cœurs juge seul entre eux et l'église libre s'ils lui en imposent par une profession trompeuse! »
Il nous a semblé que, dans cette période, vous désignez, sans les nommer, les églises dans lesquelles les nouvelles demandes de participation soit à la cène, soit aux privilèges extérieurs de l'église, donnent lieu, à un degré quelconque, à un examen de conscience entre la personne qui se présente et celle à qui elle se présente. Sur quoi nous vous faisons observer :
1° Que si la personne qui reçoit la demande, exhorte celle qui la présente à s'examiner « pour savoir si elle est dans la foi, » si elle croit du cœur au Seigneur Jésus, « si elle peut faire à ces questions la réponse d'une bonne conscience devant Dieu par la résurrection de Jésus-Christ d'entre les morts, » lors même que vous pouvez peut-être donner à cette interrogation le nom d'un examen de conscience, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il vous soit permis d'accuser ou de désigner l'interrogateur comme portant un jugement téméraire, ou ce jugement du cœur qui dans un sens absolu n'appartient qu'à Dieu seul.
2° Que dans les cas où aucun fait connu de celui qui interroge ne lui a paru démentir une profession de foi vivante faite par la personne qui se présente, et où, en conséquence, cette même profession a été admise dans les espérances de la charité, il n'y a pas eu en cela cet examen de conscience dont vous dites : qu'il est toujours suivi de jugements indis-