‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 227 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pût être réparti entre beaucoup de frères, on fît ce qu'on pouvait. Il voyait poindre de sérieux dangers dans la tendance à nier le ministère évangélique. On tendait à être plusieurs maîtres, selon la parole de saint Jacques. Après avoir tout refusé aux laïques, on voulait tout leur donner. C'était se jeter dans un extrême.

M. L. Burnier empêché, par plusieurs raisons, de prendre part aux premières délibérations du synode, avait, dans le second débat, proposé sur l'art. 9 un amendement qu'il s'efforça de justifier plus tard dans une communication fraternelle aux membres du synode constituant du canton de Vaud l. M. Burnier trouvait la constitution adoptée par le synode oc plus cléricale qu'il ne le faudrait; » seulement la cause n'en était pas dans « un esprit prêtre qui ne fut pas celui de l'assemblée, mais dans une connaissance imparfaite des Ecritures à cet égard. » Le synode n'avait pas cru pouvoir aller plus loin sans être infidèle aux vraies traditions apostoliques. <c II en résulte, dit M. Burnier, que, tout en laissant aux ministres de la Parole, avec le nom de pasteurs, une suprématie à mon avis trop considérable, nous avons tracé d'une main timide et incertaine le caractère des anciens que nous leur avons associés;... et quand on se demande ce que sont les anciens de l'église libre, on a quelque peine à s'en rendre compte.... Il a été dit qu'on ne pouvait en instituer pour le moment; quelques-uns même ont avancé que les ministres de la Parole ont seuls les qualités requises des anciens par la Bible, et que c'est pour cela même qu'ils reçoivent eux seuls le nom de pasteurs, avec charge de paître le troupeau. » C'était précisément là le point qu'une discrétion, dont il ne se repentait pas, n'avait pas permis à M. Burnier de traiter en présence du synode. Pas un seul passage n'autorisait un homme quelconque à dire mon troupeau. Ce troupeau, c'était celui de Dieu, non celui de M. le ministre un tel.

On avait parlé dans le synode des dons extraordinaires du

1 Voy. la Rêformalion au J/Je siècle, 1847, N° 12, 25 mars.

Saint-Esprit répanda au temps des apôtres sur le peuple de Dieu et rendant possibles les anciens bibliques. M. Burnier estimait que si cette raison était bonne, elle détruisait actuellement l'office du docteur aussi bien que celui de l'ancien. Cependant, grâce au réveil de la piété, grâce aux progrès de l'instruction publique, grâce à Dieu en un mot, n'avons-nous pas au milieu de nous quelques chrétiens parfaitement en état de remplir, dans une mesure suffisante, les fonctions d'anciens au sein de nos églises? M. Burnier le croyait ; ses recherches sur celte matière l'avaient ainsi amené au même résultat que les Calvin, les Knox et tous les restaurateurs du presbytérianisme dans le XVIe siècle. Nul autre système ne mettait mieux toutes choses à leur place. Jésus-Christ s'y présentait comme le seul pasteur des brebis, le Chef de chaque église, aussi bien que de l'église entière. La congrégation avait pour conducteurs deux classes d'hommes pris entre les frères : des docteurs ou prédicateurs, anciens ou non, et des anciens proprement dits; ceuxlà appartenaient à l'église en général, ceux-ci à la congrégation particulière qu'ils représentaient : là était, en quelque sorte, l'idée, ici était le fait; là, pour ainsi dire, la théorie, ici la pratique ; mais de telle manière, toutefois, que ces deux éléments se fondissent en un seul et que le principe exclusif d'une cléricature fût entièrement aboli.

Voilà ce que M. Burnier aurait désiré voir adopter par le synode, le plan d'organisation devant lequel ce dernier avait reculé, ou plutôt qu'il avait dessiné d'une main incertaine. Cependant, si M. Burnier revenait là-dessus, c'est qu'il ne croyait pas « la partie entièrement perdue. » La constitution de l'église libre du canton de Vaud avait été faite avec tant de sagesse, ou de charité, ce qui revenait au même, que les églises pouvaient, sans s'écarter de sa lettre ni de son esprit, organiser leur conseil sur le patron du vrai presbytérianisme. Ce qu'il fallait, c'était marcher par la foi et demander au Seigneur que son

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