‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 229 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

réflexions qu'il lui avait suggérées. Qu'il nous soit permis de communiquer à nos lecteurs quelques-unes de ces réflexions, tout en les condensant, pour nous arrêter tout spécialement à l'une d'elles dont l'importance n'échappera à personne.

M. Vinet loue le synode d'avoir adopté les principes du projet. C'est un grand point, puisque ces principes sont le gouvernement de l'église par l'église elle-même, la reconnaissance de l'individualité et de l'existence propre des églises particulières; enfin, de la part des membres de l'église, la déclaration libre et explicite de leur accession. Si ces principes sont plus nettement exprimés dans le projet, c'est que celui-ci est essentiellement une œuvre de conviction, au lieu que la constitution est, en plusieurs endroits, une œuvre de concession mutuelle et de transaction.

En général, la partie du synode à laquelle on peut supposer peu de sympathie pour les idées qui sont à la base du projet, s'est inspirée du respect qu'on doit aux droits de la majorité. Toutefois, la manière dont elle a fait rédiger le premier article était faite pour donner de l'inquiétude. L'interprétation la plus naturelle de l'article actuel, si elle n'était démentie par la suite du projet, serait celle-ci : Il y a eu des églises, il y a maintenant une église. L'existence des églises n'est que le fait, et encore le fait transitoire; l'existence de l'église, d'une seule et même église, voilà le droit. Décidément cet article doit être ramené, ou peu s'en faut, à sa première forme.

En revanche, cette même fraction de l'assemblée a prouvé le prix qu'elle attachait à un système entier et conséquent, en adoptant, après discussion, la disposition de l'art. 5. Cet article fait de l'église nouvelle une église de professants, ou. comme on pourrait aussi le dire, une société en même temps qu'une école. La limite est placée exactement où elle devait l'être; et s'il ne fallait rien de moins, il ne faut aussi rien de plus pour que, d'un même coup, le faux multitudinisme (celui des églises

d'état) soit écarté, et le vrai mnltitudinisme défini et consacré. L'église libre a rendu à la notion d'église l'une des principales idées dont elle se compose. C'est une hardiesse pleine de sagesse, par laquelle cette église se rejoint avec bonheur à l'église primitive. La rédaction, il est vrai, est défectueuse; il ne faut pas parler adhésion aux règlements de l'église, car ce qui constitue l'église, son essence, le sceau de son identité, c'est sa foi. La pensée du synode, sur ce point si important, a été plus correcte que son langage.

M. Vinet aurait été d'avis que les pasteurs fussent consacrés par les anciens ou avec leur concours. Quelle idée se fait-on des pasteurs, si les pasteurs seuls peuvent consacrer? Et quelle idée se fait-on des anciens, si les anciens ne consacrent pas? Toute la question est de savoir de qui, humainement, le ministère émane? Si c'est de l'église, c'est à l'église à consacrer, par le moyen de ses représentants, les prédicateurs et les anciens, qui forment, réunis les uns aux autres, la représentation indivisible du troupeau. Ce principe est capital dans le presbytérianisme. On voit que, sur ce point, MM. Vinet et L. Burnier étaient absolument du même avis.

La manière dont le synode avait surchargé l'art. 2, ou la confession de foi, provoqua de la part de Vinet des critiques assez vives. Cette confession de foi, courte et simple dans le projet, s'était chargée, appesantie d'accessoires nombreux et avait fini par présenter un aspect dont personne dans le synode ne pouvait être content. L'assemblée avait bien saisi le principe important et fécond qui met la vérité dans la bouche de l'église elle-même, mais elle ne l'avait saisi qu'à moitié et on avait rédigé un symbole qui n'avait ni la simplicité d'une confession populaire ni la plénitude et la rigueur systématique d'un formulaire théologique. « Le principe du projet était, d'une part, de réduire la confession de l'église aux vérités dont l'adoption franche et cordiale met une âme dans les conditions de

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