‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 230 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'alliance de grâce, et dépose en elle pour jamais le germe de la vie éternelle; ce principe était, d'une autre part, de tout rattacher, dans le symbole, au fait central de l'Evangile, la venue de Jésus-Christ en chair.... Le symbole qu'on a substitué, dans l'article second, à celui de la commission, répond à une autre idée, si du moins il répond à une idée, et il offre de plus, dans sa rédaction, le défaut du pléonasme et de la surcharge. Passezmoi un mot trivial : ce formulaire est massif. Bien des personnes pourront y adhérer de cœur, mais personne ne le saura par cœur, et on ne le verra jamais, selon le vœu de YExposé des motifs, couler lui-même, et comme un ruisseau de miel, des lèvres de l'enfant, du vieillard et du mourant. » C'est ainsi qu'une préoccupation ecclésiastique s'était ajoutée à la simplicité du sentiment chrétien qui aurait dû guider le synode en tout et partout.

La Lettre à un membre du synode devint l'occasion d'un incident qui avait peut-être plus d'importance que le fond même du débat. La confession de foi contenue dans le projet établissait qu'il n'y a « qu'un seul moyen de salut pour les pécheurs repentants, savoir la foi en Jésus-Christ. » Le mot de repentants fut retranché par le synode comme renfermant non seulement le sentiment du péché, mais l'œuvre entière de la grâce, ce qui faisait de la sanctification la condition du salut. Yinet s'alarma de cette suppression et la dénonça comme significative et fâcheuse. Ecoutons-le parler lui-même :

La repentance est une grâce, car tout est grâce. Nous ne pouvons pas plus, par nous-mêmes et sans Dieu, nous repentir, que nous ne pouvons croire, que nous ne pouvons obéir, que nous ne pouvons persévérer. Cela étant bien reconnu, et reconnu avec bénédiction, disons maintenant que la repentance, qui est une grâce, n'en est pas moins une condition du salut, que le salut n'est offert dans l'Evangile qu'à la repentance, et que

MOUVEM. RELIG. VI. 31

la foi ne sauve qu'eu tant qu'elle implique ou qu'elle produit la repentance. Rien de plus constant, rien de plus capital dans la doctrine évangélique. Et pour mettre en relief cette grande idée, pour la solenniser en quelque sorte, Jésus-Christ, qui lui-même a prêché la repentance avec le pardon des péchés, a été précédé dans le monde par un prophète, dont la mission spéciale et distincte a été de prêcher la repentance, et de dresser ainsi les sentiers du Seigneur. Rien n'a été négligé, ni par Jésus- Christ, ni par ses apôtres, pour donner et maintenir à cet élément de la vérité chrétienne le haut rang qui lui appartient. Or, notre esprit, notre cœur surtout, est comme un vase qui se resserre, pour ne pas contenir, on le dirait du moins, la vérité tout entière. Quelque chose de cette liqueur divine s'échappe toujours par-dessus les bords du vase, sans compter, hélas! ce qui s'en va par les fêlures. Vantinomianisme, qui a été, pourquoi ne le dirions-nous pas? l'une des faiblesses de notre réveil et l'un des défauts de la prédication du réveil, a, sans le vouloir, sans s'en douter, rejeté au second plan, et presque relégué dans l'ombre, le dogme de la repentance, considéré comme condition du salut. Et c'est pour cela même qu'il importait, dans un symbole qui n'avait rien de spéculatif, où tout exprimait le concours et la correspondance intime de deux vies, celle de Jésus-Christ et celle du fidèle, il importait, dis-je, de rappeler cette vérité si grave et si touchante. C'est ce qu'avait fait le projet, en reconnaissant «< la foi en Jésus-Christ comme seul moyen de salut pour les pécheurs repentants. » Qu'est-ce qui a pu faire supprimer ce dernier mot? Faut-il encore ici s'en prendre à l'antinomianisme? Ce n'est peutêtre qu'une inadvertance; mais elle est trop regrettable pour que je puisse me reprocher d'avoir été plus long sur cet article que sur tous les précédents.

L'accusation dirigée en cette occasion par Vinet contre le réveil, provoqua immédiatement une réclamation de l'un des hommes du réveil, M. le pasteur C.-A. Dapples. Cette réclamation parut dans le journal même qui avait donné l'hospitalité à la Lettre à un membre du synode; mais elle y parut accompagnée d'une explication de Vinet qui réduisait sensiblement la portée du reproche primitif1. Quelques jours plus tard, le membre même du synode sur la proposition duquel la suppression du mot repentants avait été votée, venait expliquer qu'il avait

1 La Rèformation au XIXe siècle, 1847, N° 12, 25 mars. (De la théologie du réveil.)

Page 1