CHAPITRE V Etablissement de l'église libre
Les obstacles que rencontre l'établissement de l'église libre dans le pays. — Un premier-Lausanne du Nouvelliste sur le synode. — La situation caractérisée par le Courrier suisse. — Assemblées populaires à Bahise(\e\ey), Bonvillars, Rolle, Moudon. — Discours de M. Druey contre les assemblées religieuses. — Six mois de tranquillité. — Pétition réclamant la suppression de l'église libre. — Mort de Vinet. — Ses funérailles. — Impressions produites par cette mort. — Mise à exécution de la constitution de l'église libre. — Premier synode régulier. — Les églises représentées. — Commissions administratives. — Etablissement définitif d'une faculté de théologie. — Les origines des diverses églises. — Accueil fait à l'église libre par les divers partis politiques et religieux. — L'église libre accusée de politique. — Attaques parties du bord national : M. Dufournet. — Appréciation du point de vue dissident : M. Monsell. — Critiques de M. Darby. — Considérations générales. — L'idée de l'église dans la constitution de l'église libre. — Services rendus par l'église libre à la cause générale de l'église et du christianisme.
La fondation et l'organisation de l'église libre s'étaient accomplies au milieu de circonstances bien difficiles pour cette dernière. Les préventions d'un grand nombre contre tout ce qui sortait du convenu et du traditionnel; l'hostilité brutale d'une partie de la population ; les desseins manifestes de l'autorité supérieure et de la magistrature en général ; tels étaient les obstacles nombreux, puissants, qui semblaient devoir s'opposer efficacement à ce qu'une église indépendante s'établît dans notre pays dans d'autres conditions et sur une plus vaste échelle que les dissidences antérieures.
Une fois née, il n'était pas à présumer que l'église libre devînt du coup populaire et qu'elle reçût un accueil favorable, ni même simplement indifférent, de ceux qui avaient tout fait pour l'étouffer dans son germe. Si le fameux Edit de tolérance présenté en janvier par le conseil d'état au grand conseil n'a pas réussi à se transformer en une belle et bonne loi de proscrip-
tion contre l'église qui allait se constituer, la partie n'est pourtant que remise. Si les réunions religieuses jouissent d'une certaine tranquillité, c'est que le procédé employé jusqu'alors pour les dissoudre ne paraît pas atteindre le but qu'on se propose; ce qui ne veut pas dire qu'on ne recommencera pas plus tard et lorsqu'on aura régularisé la chose adminislrativement. D'ailleurs, le synode de l'église soi-disant libre et indépendante (style officiel) va se réunir, et les ennemis de cette église fondent de sérieuses espérances sur. un éclatant fiasco de cette assemblée. Enfin, la politique générale en Suisse, les préparatifs qu'on fait de longue main, et dans le canton de Vaud en particulier, pour une lutte inévitable, détournent quelque peu l'attention publique des questions religieuses.
La session du synode constituant ne passa point inaperçue, bien que les organes du parti gouvernemental, le Nouvelliste en tête, fussent en ce moment très occupés des mesures prises par l'autorité pour dissoudre les cercles dits de YEspérance, cercles tout politiques et foyers de l'opposition conservatrice dans le pays. Le journal semi-officiel ne perdait jamais de vue la mission qu'il s'était donnée, ou qu'on lui avait confiée en haut lieu, d'entretenir dans une partie de la population une hostilité latente contre le mouvement religieux indépendant. Tandis que le synode constituant était réuni, le Nouvelliste consacra à cette assemblée un premier -Lausanne qui peint trop bien l'esprit du parti dominant et son peu de souci de la vérité, pour que nous ne le donnions pas ici in extenso et au seul titre déjà de curiosité historique.
Les ministres démissionnaires ont été réunis ces jours derniers à Lausanne pour organiser l'église qui se dit libre ou indépendante. Ces messieurs se sont donné beaucoup de mouvement; il y a eu force allées et venues. On a surtout remarqué dans le synode libre M. Agénor de Gasparin, un des chefs et des agents les plus actifs du parti méthodiste en France. M. de Gasparin a passé l'hiver à Valleyres, dans le canton de Vaud, travaillant de tout son pouvoir à fonder et à propager l'établisse-