CHAPITRE V
ment hostile à l'église nationale; envoyé comme délégué au conventicule dissident à Lausanne, il a assisté à toutes les séances. La présence de ce coryphée du méthodisme français dans les colloques de nos démissionnaires est une preuve nouvelle de l'influence étrangère dans les troubles politico-religieux qui ont affligé notre canton. On a vu dans le temps comment l'église séparée d'Ecosse, les méthodistes genevois aidant, a poussé à la grande démission et que le roi de Prusse a enflé la voile. M. de Gasparin ne fait que continuer la part prise par ceux qui sapent les églises réformées nationales en France.
Cependant, certaines tendances quasi nationales se sont fait jour et ont même réuni la majorité dans l'assemblée. Cette majorité veut bien admettre l'église nationale, pourvu que l'établissement soit garanti et salarié par l'état, mais indépendant de son autorité; aussi s'est-elle organisée de manière à ce que les démissionnaires puissent rentrer et avoir la haute main dans l'église, lorsque le gouvernement sera renvoyé par les amis politiques qui travaillent à sa chute. A côté de cette majorité, il y a un noyau d'indépendants qui veulent une église entièrement séparée de l'état; au fond, c'est ce dernier parti qui domine l'autre, c'est lui qui a été l'âme de la démission et y entretient les tendances méthodistes et réactionnaires *.
Il est évident qu'il n'y avait à attendre ni justice ni vérité de la part d'une presse pareille; malheureusement, c'était elle qui formait l'opinion publique de la masse et qui lui infusait la défiance la plus profonde à l'égard de toute liberté vraie, et surtout à l'égard de la liberté religieuse. Le Courrier suisse caractérisait tout à la fois cette tactique et l'état de choses qu'elle créait dans le pays, lorsqu'il écrivait ceci :
L'église libre est l'objet de la haine la plus intense d'un parti qui naguère encore se prononçait tout entier pour la séparation du civil et du religieux. Cette haine n'est pas toute simulée, car on voit dans l'église libre le boulevard du christianisme, c'est-à-dire de l'individualisme ou de la liberté, c'est-à-dire aussi de la morale, pour laquelle il ne manque pas non plus de termes injurieux. Mais si l'on pouvait exagérer cette
1 Nouvelliste vaudois, 1847, N° 19, 5 mars. — Quelques jours après la clôture du synode, le Nouvelliste, dans le but de jeter autant de ridicule que de discrédit sur l'église libre, racontait, sans en garantir l'authenticité, une anecdote relative à M. de Gasparin, et aussi fausse qu'absurde (N° 24, 23 mars).
hostilité on le ferait, parce qu'on croit trouver dans les passions et les préjugés soulevés par le mot de dissidence la planche de salut d'un système qui, jugé froidement, serait bien vite jugé. Tout en se déclarant en principe partisan de la liberté religieuse, on éperonne le peuple contre elle, on le supplie, on lui ordonne de n'en pas vouloir, afin de s'écrier ensuite en grand conseil que le peuple n'en veut pas. A cet effet, on tient assemblées sur assemblées populaires, pour faire demander la persécution....
On accuse l'église libre d'avoir un but politique et de menacer l'existence de l'église nationale; ce ne serait pas un motif de persécution, mais ce n'est absolument pas vrai. L'église nationale n'a de périls à redouter que dans son propre sein; et quand l'église libre cesserait d'exister en face d'elle, sa position deviendrait infiniment plus critique. Il suffit pour le comprendre de connaître un peu le parti radical.
Quant au but politique de l'église libre, c'est une calomnie gratuite, c'est une insulte à l'évidence. Depuis le moment de la démission des pasteurs, les nouvelles paroisses ont tendu de plus en plus à se constituer en établissements purement religieux, en dehors de la lutte des partis. L'église libre a renoncé officiellement, pour ainsi dire, à la prétention de réunir la majorité du pays. Ses démarches ont été empreintes du caractère le plus pacifique. Elle a cherché une forme d'existence qui satisfît à un besoin religieux réel, et voilà tout. 11 suffit de lire rapidement la constitution qu'elle s'est donnée et l'exposé des motifs qui l'accompagne, pour acquérir l'irrésistible conviction que les passions et les intérêts politiques sont étrangers à ce mouvement. La persécution qu'on organise est donc complètement gratuite. Si l'on persécute, c'est pour satisfaire des vengeances et pour exploiter des passions. Voilà le fond de ce qui se passe; quant à la forme, elle est connue. Quelle que soit l'opinion sociale et politique qui prévale jamais en Europe, une telle conduite ne laissera qu'un souvenir de dégoût et de réprobation l.
La presse officielle n'était pas le seul moyen employé pour rendre difficiles les premiers pas de l'église libre et son établissement dans le pays. L'article du Courrier suisse que nous
1 Courrier suisse, 1847, N° 34, 27 avril.