‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 238 sur 269 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

envisageait le projet de loi comme conforme aux nécessités de la situation et nullement dangereux.

Après M. Druey, M. Joly reconnut qu'en thèse générale le principe de la liberté religieuse est incontestable; cependant il ajouta qu'il ne fallait pas perdre de vue que, à côté de ce principe, il y en a un autre, celui de la souveraineté du peuple, qu'on ne saurait contester non plus et auquel il faut savoir se soumettre. M. Meystre, sans s'arrêter à la question du droit, examina celle des faits. Il retraça l'histoire de l'église libre (1) et la compara à l'église nationale qui existait depuis trois cents ans. Il fit aussi une distinction entre les méthodistes et les dissidents qui ne se sont déclarés tels qu'après 1845. « Quant à la qualification d'église libre, dit-il, elle est très impropre : ne sait-on pas que certains ministres dissidents se sont engagés par serment à ne jamais rentrer dans l'église nationale? Est-ce là une position libre? »

Plusieurs orateurs prirent encore la parole pour plaider, les uns, la cause du projet de loi, les autres, celle des pleins pouvoirs i.

C'est ainsi que l'association patriotique, qui s'étendait sur le pays tout entier comme un filet aux mailles serrées, convoquait, lorsqu'une question politique ou religieuse était sur le tapis, des assemblées populaires où des hommes d'un parti opposé n'auraient pu se présenter, encore bien moins parler, sans s'exposer à de graves dangers. Après la fondation de l'église libre, il était naturel que ces assemblées populaires fussent saisies de la question religieuse et que le pays fût agité de manière à amener peu à peu le grand conseil à formuler Yédit de tolérance-. Il est juste de constater cependant que, malgré toutes les excitations, la tranquillité extérieure ne fut pas troublée et que la liberté religieuse ne reçut que de légères atteintes durant

1 Nouvelliste vaudois, 1847, N° 30, 13 avril.

2 Conf. l'Avenir, 1847, N° 10, 12 mai. (Agitation factice.)

les six premiers mois de l'année 1847. Rappelons donc, simplement pour mémoire, que le dimanche 18 avril le culte public de l'église libre d'Yverdon ne put avoir lieu. Des menaces violentes, proférées en face du local où l'église s'assemblait, empêchèrent seules la réunion de se former1.

Le grand conseil devant avoir sa session ordinaire au mois de mai, il est possible que les ennemis de la jeune église en attendissent des mesures oppressives contre elle, et qu'en attendant ils prissent patience. Le grand conseil ne jugea pas à propos de rouvrir cette fois la question religieuse, et, par conséquent, le projet de loi ne fut pas discuté au printemps. Nous nous faisons un devoir de rappeler que, dans la prévision de ce qui pourrait être décidé en mai par l'autorité législative sur la liberté religieuse, quarante-huit pasteurs de l'église nationale firent parvenir au grand conseil des pétitions, collectives ou individuelles, contre YEdit de tolérance. En revanche, d'ardents patriotes, adhérents non moins zélés sans doute du culte national, adressèrent au grand conseil une pétition dans laquelle on pouvait lire ceci : « L'église dite indépendante est un mal pour le pays, parce que, ne reposant que sur une haine politique et n'ayant à son origine qu'une misérable sédition, elle tend à ravaler la véritable religion, à détruire les sentiments d'amour et de charité, à diviser les Vaudois, à éloigner le jour où nous serons tous ralliés à l'ordre établi par la révolution de 1845, qui se distingue par un caractère de fraternité et d'égalité chrétienne. Ne serait-il pas convenable de supprimer (1) cette source de maux et de désordres? Si vous ne le pensez pas, messieurs, nous vous prions respectueusement de vouloir tout au moins adopter le projet de loi qui vous a été présenté par le conseil d'état2. »

Voilà, on en conviendra, une manière de supprimer la ques-

1 L'Avenir, 1847, N° 9, 28 avril.

« Nouvelliste vaudois, 1847, N° 39, 14 mai.

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