CHAPITRE V
veau. Les assemblées religieuses de diverse nature, les sociétés évangéliques, les œuvres chrétiennes qui avaient leur centre au chef-lieu, les oratoires et les nombreux secours spirituels qui abondaient dans notre ville, tout cela rendait relativement facile la transition d'un régime à un antre1.
A Lutry, avant que le Réveil eût commencé à luire, on avait vu arriver, comme suffragant d'un pasteur mondain mais tolérant, un jeune ministre. C'était M. L. Burnier. Son activité fut grande; elle prépara le Réveil qui ne devait pas tarder à se manifester. Puis vinrent successivement occuper ce poste les pasteurs Jean Baup, dont le ministère fut béni, et, en 1827, Ch. Dapples, alors diacre, dont le travail fut couronné de beaux fruits. Avant la démission, il y avait à Lutry un oratoire que l'effervescence populaire n'épargna point en 1845. On sait, du reste, que l'hostilité au mouvement religieux se fît sentir en cette année-là, dans le district de Lavaux, d'une façon toute particulière.
Dès Tan 4829, il y avait eu des réunions religieuses à Montreux et dans différentes localités de ce cercle. En plusieurs endroits, elles avaient rencontré de l'opposition; ainsi, à Baugy, où, en 1834, il y eut quelques troubles. A la démission, les pasteurs de la paroisse établirent immédiatement les cultes libres auxquels l'église elle-même dut son origine.
L'église de Montricher et Pampigny a pris dès lors le nom de l'Isle et Cottens, à cause des villages où se réunissent les deux sections dont l'église se compose. Dans le premier volume de cette histoire, nous avons assez longuement parlé de l'Isle et de Montricher pour n'avoir pas besoin d'y revenir ici. Nos lecteurs savent que toute celte contrée, en remontant depuis Morges, a été autrefois, et dès les premiers jours du Réveil, très visitée par des pasteurs pieux, et que des réunions libres
1 Conf., dans le Chrétien évangélique de 1870, les articles de M. S.Chappuis : Origine et situation de l'église libre de Lausanne.
s'y sont tenues de bonne heure. En 1826, M. le pasteur Terrisse desservait la cure de l'Isle et Montricher, et il exerçait dans cette paroisse un ministère très actif. A la veille de la démission, en 1844, M. Paul Burnier arriva à l'Isle; mais, déjà à cette époque, l'hostilité contre la piété était très marquée. Quelques éléments de l'ancien Réveil se retrouvent dans les origines de celte église.
Au synode du mois de juin 1847, Morges était représenté par deux églises. Dans le cours de cette histoire1, nous avons constaté ce qu'il y avait de particulier dans la situation ecclésiastique de Morges, à la veille du synode constituant. Deux congrégations libres se trouvaient en présence, ayant à leur tête, l'une M. L. Burnier, l'autre les anciens pasteurs de la ville, MM. L. Leresche, B. Gindroz et Gaudard. Ces deux congrégations furent représentées par des députés distincts au synode constituant et au premier synode, mais elles ne devaient pas tarder à se fondre en une seule et même église. Avant la démission, on pouvait signaler à Morges une activité religieuse très grande, due surtout à la société évangélique de cette ville. En 1845, des réunions, datant déjà de quelques années, et présidées par les pasteurs nationaux, se tenaient, non dans un oratoire, mais au temple même. Nos lecteurs savent comment ces réunions furent violemment interrompues en mars 1845.
Avant 1845, il s'était formé à Moudon, sous l'influence du Réveil, une société évangélique qui établit un oratoire dont l'influence fut salutaire sur la population en général. C'est de ce mouvement intéressant que sont sortis, en bonne partie, les éléments qui ont contribué à former l'église libre de cette ville.
A Nyon, il existait de longue date une église dissidente, mais il ne paraît pas qu'elle soit entrée pour rien dans la fondation de l'église libre. Seulement on était habitué à voir des assemblées séparées de l'église nationale vivre de leur vie propre
1 Voy. pag. 319 de ce volume.