CHAPITRE V
La contrée de Rolle a été rendue célèbre dans l'histoire religieuse de notre canton par le long séjour d'Aug. Rocbat au chef-lieu du district (1825-1847), et par la fondation de l'importante église dissidente de cette ville. Il semble que là le terrain dût être préparé pour une future église libre. Cependant la dissidence n'aurait pas été un acheminement dans ce sens. Précisément parce qu'elle était très fortement constituée et passablement étroite, elle ne devait fournir ni encouragements ni éléments à une église moins stricte. C'est bien plutôt le ministère de M. L. Burnier, à Rolle, qui prépara les voies à une église indépendante. Dans les derniers temps qui précédèrent 1845, un oratoire s'était aussi ouvert dans cette ville, grâce au zèle du pasteur Terrisse.
Depuis plus d'un siècle, la localité de Sainte-Croix possédait une communauté morave. Un rapport de cette communauté, de 1817 à 1821, constate qu'à Sainte-Croix il y a bon nombre de jeunes gens pieux ; qu'il a régné dans ce troupeau la plus belle harmonie, jusqu'en 1819, époque où un nouveau réveil s'est accompli par l'instrument de la nouvelle église, à Genève. Un prédicateur de cette église, M. Porchat, était venu et avait produit, par sa parole, une grande sensation. De là, opposition, soit de la part des moraves, soit de la part de l'église nationale. Porchat dut s'éloigner ; la population était exaspérée contre lui. Néanmoins, des réunions religieuses se continuèrent. Plus tard, le pasteur Gauthey, à Bullet, attira les âmes pieuses des Granges de Sainte-Croix et de Sainte-Croix. M. Germond vint desservir cette dernière cure. MM. Gonin, Vermeil et enfin Testuz lui succédèrent. C'est sous le ministère de ce dernier que l'église libre se forma avant même, nous le savons, le synode constituant.
La vallée de Joux était restée, pendant des générations, plongée dans les ténèbres de l'ignorance. Mais, vers 4820, le ministère deBrousson, premier pasteur évangélique qu'ait eu le Sentier, y amena la fondation de réunions de prière et d'édification. Une église dissidente considérable s'y constitua. M. Bauty combattit la dissidence par des réunions disséminées qui firent beaucoup de bien. Ainsi, quand la démission survint, le terrain était préparé et M. Porta put grouper immédiatement autour de lui un noyau de fidèles.
L'église de Valleyres et Baulmes doit son origine aux situations ecclésiastiques qui furent la conséquence de la démission.
Il en est de même de l'église de Vallorbes. Auparavant, toutefois, cette paroisse avait eu des pasteurs zélés et fidèles, entre autres M. Ch. -F. Vallotton, de 1831 à 1842. Son ministère, qui rencontra de l'opposition au début, fut béni. Jusqu'en 1831, Vallorbes était resté complètement étranger au mouvement religieux du reste du canton. Il n'y avait là aucune dissidence; on n'en voulait à aucun prix. En 1834, un charivari monstre fut donné à un dissident venu d'autre part et surnommé Brigandi. La Feuille religieuse était peu lue et éveillait de la défiance. On ne rencontrait que piété formaliste et indifférence. Le premier effet de la prédication de M. Vallotton fut un certain étonnement. Ces doctrines étaient nouvelles, disait-on. L'opposition ne tarda pas à naître, en même temps que quelques âmes se groupaient autour du pasteur. En 1842, arriva comme suffragant M. Henri Berlhoud; mais l'opposition fut encore plus vive; elle se montra irritée. Les amis sincères de l'Evangile se resserrèrent alors autour de leur pasteur. De 1842 à 1845, on ne remarqua à Vallorbes aucune tendance à la séparation. En 1845, M. Berlhoud donna sa démission et fut le vrai fondateur de l'église libre.
L'église de Vevey dut sa naissance à la démission. Nous avons raconté antérieurement tout ce qui s'est accompli, dès les jours du Réveil, dans cette contrée. Nous n'y revenons pas ici.