CHAPITRE Y
ments les plus divers se firent jour à l'égard de celte église qui réclamait ses droits à l'existence et sa place dans le monde chrétien, de cette église qui s'affirmait nettement par des synodes et une constitution livrée à la publicité la plus étendue. Il n'est pas sans intérêt, même à cette heure tardive, de se rendre compte sommairement de l'accueil que les divers partis firent à la jeune église et des critiques qui lui furent adressées par ses amis comme par ses adversaires.
Nous ne saurions relever ici cette foule d'accusations parties du bord gouvernemental, et que répétaient, dans le temps, sans se donner même la peine de les soumettre au plus petit examen, une quantité de braves gens, ennemis du trouble, et dont toute l'ambition n'allait pas au delà du statu quo en toutes choses; gens dangereux malgré tout, parce que, dans les jours de crise politique ou religieuse, ils font l'appoint des violents. Ceux de nos lecteurs qui seraient curieux de voir à quels arguments on en était réduit dans un certain monde pour discréditer l'église libre, trouveront ces arguments réunis avec soin et abondamment répétés dans les colonnes de l'organe semiofficiel du gouvernement. Le Nouvelliste, après la masse d'injures et d'inepties qu'il avait dirigées, depuis deux ans, contre le mouvement religieux indépendant, ne sachant plus qu'inventer pour perdre la jeune église dans l'opinion publique, l'appela, dans ce style dont il avait seul le monopole : l'église des boudeurs l.
Mais si nous ne jugeons pas utile de donner un moment d'attention à cette foule d'accusations banales qui, dans tous les temps et dans tous les pays, sont destinées à jeter du discrédit sur la piété en la confondant avec l'hypocrisie et l'orgueil, il est cependant un argument sur lequel nous devons revenir, ne
1 Nouvelliste vaudois, 1847, ÎS"° 37, 7 mai. Cette expression se rencontre dans un article nécrologique sur M. Vinet, article qui est bien le plus froidement hostile qui soit jamais sorti de la plume du journaliste officiel contre M. Vinet.
fût-ce que pour stigmatiser, soit l'absolue fausseté de cet argument, soit l'habileté perfide avec laquelle il a été souvent employé.
Cet argument, du reste, n'est pas spécial à notre pays; il s'est reproduit en d'autres lieux et en d'autres temps, dans le cours de l'histoire. Il n'est pas spécial non plus à la lutte qui a suivi chez nous la révolution de 184-5. A cet égard, comme à bien d'autres, les promoteurs de la révolution ont emprunté à leurs pères des prétextes mensongers aussi bien que des procédés arbitraires.
L'église libre, s'est-on hâté de dire bien haut, dès le jour où on l'a vue germer dans les esprits et aspirer à l'existence, Yéglise libre est une église politique. Voilà l'unique argument que le parti gouvernemental ait su jeter dans la circulation; le seul qui ait eu l'apparence d'une critique sérieuse; le seul qui ait réussi à donner le change à nombre de gens qui étaient d'autant plus éblouis qu'ils n'y regardaient pas de plus près. Il faut avouer aussi que le parti gouvernemental a exploité cet argument avec un zèle et une persévérance qui ne le cédaient qu'à une déloyauté d'une rare impudence. Ce parti ne croyait pas un mot de ce qu'il affirmait lui-même, mais la masse croyait pour lui et cela lui suffisait. Les dénégations les plus catégoriques, les démonstrations les plus saisissantes venaient se briser contre le non possumus de la mauvaise foi chez les uns, de l'ignorance ou de la superficialité chez les autres.
Nous ne nous arrêterions pas à réfuter une accusation que l'histoire tout entière que nous venons de retracer réfute ellemême péremptoirement, s'il ne se trouvait, encore de nos jours, des gens pour répéter cette accusation et des gens pour la croire.
En 1848, au moment où l'église libre passait par de cruelles alternatives, la commission synodale crut nécessaire d'adresser à notre peuple, par la voie de la presse, la réfutation directe et