CHAPITRE V
solennelle d'une accusation qu'on ne cessait d'exploiter, et avec grand succès, paraît-il. Elle confia donc au vénérable rédacteur de h Feuille religieuse, M. Jayet, le soin d'écrire une brochure qui fut effectivement publiée sous ce titre : Uéglise libre est-elle une église politique? Nous n'extrairons de ce petit écrit que ce qui ira droit à notre but1.
L'accusation de tendances et de menées politiques a été, sous toutes les formes et dans toutes les occasions, dirigée contre l'église libre.... Le grand conseil, s'associant pour la première fois, dans ses actes, à ces inculpations erronées, a motivé son dernier décret des pleins pouvoirs contre les assemblées religieuses, non seulement, comme à l'ordinaire, sur ce qu'elles étaient une occasion de troubles, mais encore sur ce « qu'elles avaient, en général, un caractère politique, étranger aux besoins religieux.... » Nous le déclarons devant Dieu et devant les hommes: l'église évangélique libre du canton de Yaud n'a rien de politique, ni dans son but, ni dans sa marche, ni dans son culte....
Elle n'a été fondée, précisément, que pour dégager l'élément religieux et spirituel de l'amalgame politique qui l'avait dénaturé.... Nous avons voulu soustraire les choses de Dieu, la doctrine, l'église, le culte, à l'envahissement de la politique. Nous avons voulu maintenir ou restituer à Jésus-Christ, et à lui seul, le règne spirituel sur son peuple.... Ce n'est ni par sympathie pour un parti politique, ni par antipathie pour un autre, que l'église libre s'est formée : c'est par la force irrésistible des choses.... L'histoire de l'année 1845 est si claire sur l'origine de l'église libre, qu'elle réfute à elle seule le reproche qu'on nous fait. Sans vouloir user ici de récrimination envers personne, il nous sera permis de dire que, s'il y a une église politique dans le canton de Vaud, ce n'est pas de notre côté qu'il faut la chercher, et que c'est peut-être parce que l'église libre est résolue à se soustraire à toute influence de ce genre, qu'on lui pardonne si difficilement d'exister.
L'église libre n'est pas une société secrète. Après la Parole de Dieu, elle a pour unique base organique sa constitution, arrêtée au printemps de 1847 : c'est là que sont renfermés tous les mystères de son organisation et de sa marche.... Chacun peut se la procurer et s'assurer par luimême si elle renferme quelque tendance politique.... Au sein du grand
1 Lausanne, Georges Bridel, 22 mars 1848. 24 pag. in-12.
conseil, quelques orateurs ont affirmé que l'église libre, s'occupât-elle de politique, ne ferait en cela qu'user d'un droit assuré à tous les citoyens, et n'eu devrait pas moins être tolérée aussi longtemps qu'elle ne commettrait aucun acte défendu par les lois. Mais quelque solide que puisse être cet argument, nous ne voulons point nous en prévaloir. Forts de notre parfaite intégrité à cet égard, et la constitution de notre église à la main, nous osons défier toute preuve à l'appui de l'accusation de tendances politiques....
Serait-ce le secret auquel nos cultes sont obligés, qui les fait soupçonner de politique?... Qu'on nous laisse nous assembler dans des lieux où le public et la police puissent à toute heure pénétrer, et alors il sera toujours facile aux autorités de s'assurer si l'on y prie ou si l'on y conspire. Mais nous contraindre, par l'émeute et par des édits de persécution, à nous cacher pour servir Dieu, comme si nous commettions un crime; et puis prendre avantage de ce secret forcé pour nous aceuser de menées politiques : c'est là, il faut l'avouer, une sanglante ironie qui prouve à elle seule la fausseté de l'accusation qu'elle devait soutenir.
A l'époque où l'église libre s'est définitivement constituée, personne n'ignorait son impopularité et la répulsion qu'on avait réussi à lui préparer auprès du peuple. Il aurait fallu être dépourvu de sens pour songer à en faire un moyen politique; car chacun savait, au contraire, qu'en y adhérant il compromettait sa position personuelle, allait au devant de dangers et de maux nombreux, et s'imposait de grands sacrifices.
Nous n'ajouterons qu'un mot aux lignes qui précèdent. Que la cause de la liberté religieuse et, subsidiairement, celle des pasteurs en lutte avec le gouvernement, ait été embrassée avec plus ou moins de chaleur par des hommes qui ne voyaient que le côté politique de la question, c'est possible, et parfaitement légitime, du reste; mais que ces hommes se soient engagés à la suite des pasteurs dans les périls et les renoncements qu'entraînait la formation d'une église nouvelle; qu'ils se soient joints par politique à cette église, voilà ce que nous pouvons hardiment nier. Entre la démission du 12 novembre 1845 et la fondation de l'église libre, le 10 novembre 1846, les hommes que des intérêts politiques avaient jetés du côté des pasteurs démissionnaires, comprenant qu'ils n'avaient rien à gagner à