‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 253 sur 269 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les phrases mêmes que M. Dufournet extrait des documents du XVIe siècle, attestent que, dans la définition de l'église, les réformateurs tenaient grand compte de la foi personnelle et de la spontanéité; or, cet élément-là, M. Dufournet l'exclut, et tout son système tient à cette exclusion. L'église, pour lui, est tout ce qu'elle doit être, tout ce qu'elle est en effet, excepté une réunion d'hommes qui croient et qui confessent leur foi. L'église c'est la doctrine, ce sont les sacrements, c'est le temple, c'est la chaire : rien de plus. Faire ainsi abstraction des personnes qui composent l'église, c'est altérer, c'est dénaturer toute la question. Au fond, le véritable grief de M. Dufournet contre la démission, c'est que cette démission est méthodiste; et ici il parle comme le peuple1. Il ne dit pas s'il attache au mot de méthodisme les mêmes idées que le vulgaire. Que nos lecteurs jugent par là de la valeur des raisons qu'un savant professeur pouvait avancer pour condamner la fondation de l'église libre! La question posée alors dans le pays n'était pas traitée, bien moins encore résolue par M. Dufournet. Il s'agissait de savoir précisément si, le 12 novembre 4845, le ministère était dans les conditions où le voulait Calvin, dont M. Dufournet faisait sa principale autorité; si « la parole était honorée? » L'histoire tout entière réfutait l'argument du professeur de théologie, et les raisons qu'il avançait se retournaient toutes contre la cause qu'il soutenait2. La Lettre à M, F. de Gingins-La Sarraz fut, du reste, le seul plaidoyer public parti, à cette époque, des rangs du clergé national en faveur de l'établissement officiel; la seule protestation un peu retentissante contre la fondation et l'organisation d'une nouvelle église, et nos lecteurs peuvent se convaincre que plaidoyer et protestation n'étaient

1 Lettre à M. F. de Gingins, pag. 4.

8 La brochure de M. Dufournet provoqua encore une critique fondée, dans V 'Avenir, 1847, N° 7, 31 mars.

pas de nature à jeter des doutes bien angoissants dans l'esprit des fondateurs de l'église libre1.

Il était naturel que l'ancienne dissidence soumît à son examen la constitution élaborée par l'église libre. Les adversaires

1 Depuis le jour où M.Dufournet ne voyait dans l'église qu'un être absolument impersonnel, on a senti, dans l'église nationale elle-même, le besoin d'être quelque chose de plus. En 1S63 (19 mai), le grand conseil a promulgué une nouvelle loi ecclésiastique qui établit, d'abord, la condition requise pour être membre de l'église : « accepter les principes et les formes organiques de l'église, » ensuite, la participation de l'église à son administration, et cela par les assemblées de paroisse, les conseils de paroisse, les conseils d'arrondissement ecclésiastique, et enfin le synode et la commission synodale. La paroisse participe à l'élection de son pasteur en présentant trois candidats. Qu'il y ait eu dans tout cela imitation ou non de ce qui se pratiquait depuis seize ans dans l'église libre, il est certain que rien de semblable ne se trouvait dans la loi de 1839. D'un autre côté, c'était à peu près ce que réclamait en 1838, dans la délégation des classes, le parti Burnier. On voit combien on avait fait de chemin depuis lors. Remarquons encore qu'en 1845, après le 12 novembre, la plupart des démissionnaires se seraient contentés, pour rentrer dans l'établissement officiel, de simples garanties pour la liberté du ministère : c'est-à-dire la possibilité d'une activité qui n'aurait pas été entravée arbitrairement. Ces garanties, on les leur refusait d'une manière absolue. Dix-huit ans après, on accordait bien au delà de ce que les démissionnaires auraient jamais imaginé comme le point extrême de leur ambition. En réalité, par l'établissement de corps mixtes et par la participation des laïques à l'administration de l'église, la loi de 1863 a créé ce qui n'existait auparavant que d'une manière abstraite, savoir une église. Mais cette église n'est plus Yéglise de nos pères. Nos pères, en effet, ne la reconnaîtraient pas. D'un côté, cette église a admis des nouveautés qui auraient bien étonné les hommes du XVIIe, du XVIIIe siècle, et même du XIXe, jusqu'en 1845 inclusivement; de l'autre, cette église n'a plus ce qu'avait celle des pères, savoir une confession de foi très explicite. A cet égard, il est vrai, le divorce était déjà consommé par la loi de 1839. Ainsi l'église nationale actuelle date en réalité de 1863, par la même raison qu'on fait dater la confédération suisse actuelle de 1848. Ce n'est donc plus l'antique église, comme on se plaît à le répéter souvent ; c'est une jeune église , une église plus jeune que l'église libre, qui, en bien des choses, semble lui avoir montré le chemin. Maintenant, le fait que l'église nationale actuelle se présente sous une forme qui, venue plus tôt, aurait peut-être empêché la fondation de l'église libre, ce fait nous autorise-t-il à

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