CHAPITRE V
des réunions religieuses tenues hors des temples, les ennemis des oratoires, avaient cherché à discréditer ces formes plus libres du culte en les accusant de tendances dissidentes, tandis que les pasteurs qui présidaient de pareilles réunions les représentaient comme le plus sûr antidote contre la séparation. Ils mettaient même parfois une insistance trop grande, et qui pouvait ressembler à de la passion, à séparer leur cause de celle de leurs frères dissidents. La formation d'une église libre
conclure que l'église libre n'ait plus de raison d'être, plus de légitimité, et que, selon des sollicitations toutes contemporaines et très pressantes, elle n'ait rien de mieux à faire que de se fondre dans l'église nationale? Nous ne le pensons pas. D'abord, la haute surveillance de l'état (loi, art. 4.) ne laisserait pas que d'effrayer des gens qui ont appris que l'église a tout à gagner en dehors des faveurs et de la garantie de l'état. La protection de l'état n'est pas sans danger pour l'église. Au terme de cette histoire, pourrions-nous encore nous faire des illusions à cet égard? L'état qui se réserve une sanction (art. 5) est après tout un maître, et ce maître a ses jours mauvais, ses jours d'humeur et de despotisme, des jours où sa main devient lourde. Ensuite, si les laïques participent à l'administration de l'église, les conditions qui leur sont imposées, pour être membres de l'église, n'établissent chez eux aucune distinction entre le chrétien et le citoyen. Comment acceptent-ils les principes et les formes organiques de l'église nationale (art. 1er)? En allant voter! La carte civique est en même temps le billet d'admission au scrutin. Aucune condition morale et spirituelle! Au point de vue purement civil, l'état peut, dans certains cas, empêcher un citoyen d'arriver jusqu'à l'urne électorale, mais quel moyen possède l'église d'interdire le scrutin au failli moralement? Elle n'en a pas.
En résumé : quant à la doctrine, l'absence d'une confession de foi; quant à l'organisation ecclésiastique, la confusion du citoyen et du chrétien, du peuple politique et du peuple religieux; l'absence de toute discipline sur les membres de l'église, et enfin la haute main de l'état, son contrôle et son veto : voilà comment la loi de 1863 a constitué l'église nationale. L'autonomie de cette église n'est donc pas complète, bien que ce principe organique soit une condition absolue de vie en même temps que de développement spirituel. L'église libre s'est placée sur cette base. Elle ne saurait y renoncer sans renier une vérité dont elle a fait l'expérience. Mais, dit-on, elle n'atteint pas les masses ! Qui a promis à une manifestation extérieure quelconque de l'idée de l'église qu'elle atteindrait les masses? Que cette prétention existe quelque part, c'est possible; mais de la prétention à la réalité profonde, il y a une distance sensible. Quand une église sera devenue populaire, sera-t-elle encore une église, et surtout sera-t-elle une église fidèle? L'histoire de notre temps est, à cet égard, singulièrement instructive.
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r.e cenfirmerait-elle pas les prévisions de ceux qui avaient annoncé que tout le travail antérieur n'aboutirait qu'à renverser
l'église nationale, en constituant vis-à-vis d'elle une dissidence considérable"? Cependant l'église libre n'entendait point être une dissidence, et elle ne voulait pas qu'on la confondit avec
la dissidence proprement dite.
L'ancienne dissidence ne s'y trompa p3S. Elle ne vit dans l'église libre qui venait de se constituer qu'un mullitudinisme inconséquent et peu satisfait de lui-même: une autre forme du nationalisme, mais agitée p3r quelques aspirations à un affranchissement plus complet.
M. Monsell. pasteur de l'église dissidente de Neuchàtel, se fi: '.'organe des critiques adressées à l'église libre du canton de Yaud par les frères qu'il représentait'. A ses yeux, l'église libre a cru trouver un juste milieu entre le nationalisme et la dissidence, elle n'a abouti qu'à une transaction équivoque; c elle a seulement réuni deux partis qui n'ont pas encore une entière conscience de leurs tendances respectives. 5 Dominée par les circonstances, elle a cherché à satisfaire deux tendances contraires; elle n'a entièrement satisfait ni l'une ni l'autre. Heureusement qu'elle se laisse déjà entraîner du côté où elle devra marcher : elle a rendu hommage à la spontanéité individu :•'•:•. On a admis l'adhésion des membres; il faut y ajouter le vet: .le l'église. < Nous aspirons, nous, ainsi parle M. Mon sel', à faire des églises de saints, el tous, des églises de professants; de fait nous ne parvenons qu'à des ég'ises de professants, donc ce que vous aspirez à devenir, nous le sommes déjà; hi dissidence est la réalisation de iïdéal de l'église libre. •
Dans l'église libre on exige une profession individuelle, mais cette profession se borne à l'expression du désir de faire partie de l'église. « Ce langage nons prépare à des églises d'adhérents seulement, dont les membres ne professent autre chose
1 Yoy. le MfmoMiUxmt e» Suisse, par R.-W. Monsell, 1843, pag. 123-129.