‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 255 sur 269 · CHAPITRE V. 53Ô · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 53Ô

que l'envie d'en faire partie. Toutefois, en laissant les mots pour s'attacher aux choses, on découvre que l'adhésion volontaire n'est pas un but, mais un moyen; on ne met de prix à la spontanéité que parce qu'elle fait espérer la piété. Ainsi l'église libre est d'accord avec la dissidence pour le but, tout en différant sur les moyens. La spontanéité est une jeune et aimable dissidence, trop enfant encore pour se rendre compte de son origine, et d'ailleurs se souciant peu de porter ce nom; se croyant riche, elle a honte de ses pauvres parents, i

L'église libre a été forcée d'adopter le retranchement des pécheurs scandaleux; mais c'est un retranchement qui n'exclut pas de la cène, c C'est une exclusion, non des actes religieux de l'église, mais des actes purement administratifs.

Telles sont les principales critiques présentées du point de vue dissident par M. Monsell. Dictées par un besoin profond d'union entre tous les chrétiens, inspirées par une fraternelle sympathie pour l'église libre, si elles frappent quelquefois juste, cependant elles ne sont pas toutes fondées. II. Monsell ne s'est pas toujours rendu bien compte des difficultés que l'église libre avait à vaincre pour se constituer en un corps distinct de tout autre organisme ecclésiastique, et uni dans toutes ses parties. II y avait plus de décision de principes dans l'église que certains articles de sa constitution ne porteraient à le penser. Sans doute, quelques formules adoptées par esprit de concession, n'ont répandu qu'un jour trop pâle sur la pensée générale, mais il faut éclairer certains articles par d'autres, ceux entre autres qui concernent la dépendance de l'église vis-à-vis de son chef, la confession de foi des membres de l'église, l'admission des catéchumènes, l'exercice de la discipline, etc. L'église libre n'a pas voulu n'être que l'assemblée des baptisés; le jour où elle ne serait que cela, elle perdrait sa raison d'être l. i L'heure vient, dit en terminant M. Monsell, où les frères de la Suisse

1 Conf. une réponse à M. Monsell, dans l'Avenir, 1849, K° 1, 3 janvier.

romande, sauf ceux qui resteront dans les églises nationales, et peut-être un résidu plymouthiste, pourront et travailler ensemble avec une entière unité de vues, et.... souffrir ensemble s'il le faut. » Ce vœu du vénéré pasteur de Neucbâtel ne s'estil pas déjà en partie réalisé? Comme il le prévoyait, l'église libre a gardé son organisation distincte, l'église dissidente s'est considérablement modifiée et la plupart des éléments qui la composaient font maintenant cause commune avec les églises libres de Vaud, de Neuchâtel et de Genève1.

Si l'église libre du canton de Vaud pouvait encore compter sur un accueil bienveillant, fraternel et sympathique de la pari des représentants de l'ancienne dissidence, elle ne devait s'attendre à rien de semblable de la part des frères de Plymouth. Si elle avait pu conserver quelque illusion sur ce point, M. Darby se serait promptement chargé de la détromper. Il le fît dans son Coup oVozïl sur divers principes ecclésiastiques 2, etc.

M. Darby étudie la constitution de Vèglise libre. Sans souci de la vérité et de la justice, il se prend à déplorer d'abord que l'église libre ait pensé devoir s'allier ou du moins ait paru s'allier à un parti politique. Après cela, il affirme trois choses : 1° Le clergé est le fondement de l'unité dans V église libre. « L'unité subsiste dans le corps du clergé et là uniquement.... Il ne reste à l'église libre qu'un principe qui puisse en faire et qui en fasse réellement un corps, c'est le principe clérical.... Cette unité réside dans le synode; le synode en est le principe3. Le clergé

1 En 1860, un Plan d'alliance entre les églises évangéliques libres de langue française a été adopté, et cette alliance a émis son premier rapport en 1865.

2 Genève, Kaufmann, 1848. 155 pag. in-12.

3 Pour M. Darby, le synode, c'est encore le clergé : « Peu importe que le clergé se compose de pasteurs et d'anciens, » dit-il. Tout laïques que soient les anciens, ils sont encore des clercs.

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