CHAPITRE V
gouverne sans être lui-même sous l'autorité d'un gouvernement. » En conséquence, c'est M. Darby qui parle : « La véritable unité de l'église de Dieu, savoir l'unité du corps de Christ sur la terre, est complètement exclue de l'église libre. Il y a des corps constitués, mais l'idée du corps est perdue.... L'église libre du canton de Vaud, ses corps constitués encore moins, n'est pas le corps de Christ, ni l'épouse de Christ, bien qu'elle se revête de ces beaux noms en en ravalant le sens et la force.... En attachant un tel nom à des corps constitués par les hommes, on fausse et on perd l'idée de l'unité du corps de Christ, idée dont on ne saurait exagérer l'importance.... » Mais « il ne peut en être autrement d'une église de multitude. Comment chercher, comment trouver dans une masse inconvertie un principe d'union spirituelle? »
2° Le Saint-Esprit est absent de l'organisation de V église libre. « Dans toute l'organisation de l'église libre, le Saint- Esprit n'est pas même nommé.... Réunissant les défauts de l'église corrompue du moyen âge et du nationalisme actuel, le synode ou le clergé qui est substitué à la présence du Saint- Esprit, met également de côté l'action du Saint-Esprit dans le ministère.... La constitution de l'église libre est dans un complet antagonisme avec les plus précieuses instructions de la Parole.... Cette constitution établit une organisation purement humaine, qui n'a aucun rapport quelconque avec les principes de la Parole de Dieu.... L'Esprit et la Parole n'ont pas moins été laissés de côté que l'unité du corps de Christ. »
3° M. Darby envisage la doctrine de l'église libre. « La doctrine de l'église libre se trouve, hélas! aussi défectueuse que tout le reste.... Sa profession de foi est une confession maigre, même fausse, et l'orthodoxie en est bien pâle. )> M. Darby n'est pas moins sévère sur le chapitre de la discipline; celle-ci est en fait impraticable. Donc « ce sera sur ce point et sur la question de la nomination des pasteurs que, en tant que système, l'église
libre sera brisée. » Et M. Darby conclut avec l'emphase d'un prophète : « Sa constitution demeurera un mémorial de l'impuissance de l'homme pour constituer par des moyens humains ce qui n'est que de Dieu. »
Lorsque ces critiques, dont nous n'avons point atténué la force en les rapprochant et en les groupant, furent publiées, M. E. Schérer y fit une réponse suffisante en signalant l'incohérence des vues de M. Darby : « 11 regarde l'église comme essentiellement visible, et il veut qu'elle n'ait qu'une unité spirituelle, c'est-à-dire invisible 1 » Mais il y avait chez M. Darby plus que de l'incohérence! « C'est ici que l'étroitesse de l'intelligence, du cœur et de la foi, atteint véritablement son apogée *. »
Les circonstances au milieu desquelles sont nées les églises libres de la Suisse française sont très diverses; elles ont influé fortement sur la fondation et la constitution de l'église évangélique libre du canton de Vaud. Le fruit était mûr, sans doute, mais il ne serait peut-être pas tombé de longtemps si une légère brise avait seule soufflé. 11 a fallu pour cela le vent de tempête de 1845. Toutefois, le fait seul que ce fruit a rapidement mûri et qu'il est tombé, prouve qu'un peu plus tôt ou un peu plus tard il se serait détaché de l'arbre. Ce n'était pas le moment voulu des hommes, mais c'était le temps marqué de Dieu. Depuis lors aussi des progrès ont été faits, et la couleur des premiers jours, couleur un peu pâle encore, a pris une teinte plus nette et mieux marquée.
S'il est vrai que l'éducation qu'il reçoit dans sa jeunesse exerce une grande influence sur toute la vie d'un homme, il n'est pas moins certain qu'une congrégation arrivée au moment
1 La Réformation au XIXe siècle, 1848, N° 37, 14 septembre.