CHAPITRE V
seil d'état qui s'arrogeait les droits du seul Chef de l'église, il était bien, il était absolument nécessaire de revendiquer ces droits pour Christ et de les refuser à l'état usurpateur. L'église libre insistait avec raison sur ce fait capital de la primauté de Christ, de son autorité absolue sur l'église. Mais cela suffisaitil? Etait-ce assez, pour faire comprendre la nature de l'église, que de rappeler les droits inaliénables de son glorieux Chef? Ne fallait-il pas indiquer les caractères de celte église et rappeler les privilèges dont elle jouit? Il le fallait, croyons-nous, précisément à cause des prétentions de l'état et des préjugés du peuple presque tout entier. Il fallait faire comprendre à ce peuple que si Jésus-Christ est le seul Chef de l'église, le corps même de Christ ne saurait être purement et simplement une nation qui persécute ce Jésus dans quelques-uns de ses membres. La constitution de l'église libre est donc trop peu exigeante quant à l'admission des nouveaux membres. C'est là un côté faible. Le synode a atténué la portée de la déclaration que demandait le projet de constitution, et il s'est trompé sur ce point. Cependant il faut reconnaître que, grâce à la liberté intérieure dont jouissent les églises, on remédie dans la pratique aux défectuosités de la constitution et qu'on en comble les lacunes. C'est ainsi que le semi-mullitudinisme qui caractérise l'organisation de l'église libre ne s'est pas développé comme on pouvait le craindre aux premiers jours et qu'il n'a pas empêché l'église de réaliser le programme d'une église de professants. La liberté intérieure d'un côté, Y impopularité de l'autre, ont imprimé à la marche de l'église libre une direction bien plus conforme aux vrais principes qu'on n'aurait osé l'espérer.
L'église libre n'a voulu repousser aucun chrétien, quelles que fussent d'ailleurs ses vues particulières sur certains points de discipline et d'organisation. Elle a atteint à la largeur sans tomber dans le latitudinarisme. Ainsi, pour la participa-
tion à la cène, par exemple, le pivot de toute la doctrine de l'église est ce principe fondamental, que s'approcher de la table du Seigneur c'est déclarer appartenir au Seigneur. A chacun donc la responsabilité qui lui incombe. Aussi l'église libre n'établit pas que les catéchumènes soient, par le fait seul de leur admission à la sainte cène, reconnus comme membres de l'église. L'église exige d'eux, aussi bien que des autres, une déclaration formelle. La constitution laisse aux diverses églises la pleine liberté de leurs mouvements en tout ce qui concerne la réception des catéchumènes à la table sainte. Un grand point est donc admis : c'est qu'on ne devient pas membre de l'église libre par le fait seul qu'on a reçu dans son sein des instructions religieuses, ou encore parce qu'on s'approche de la table sainte avec les membres de cette église. Cependant, nous le reconnaissons, il serait encore plus logique, et sans doute plus vrai, d'admettre, comme faisant profession de foi et déclaration d'entrée dans l'église, ceux qui participeraient habituellement à la cène avec cette église.
En résumé, nous avons, dans l'église évangélique libre du canton de Vaud, une église séparée de l'état, se gouvernant ellemême par des corps constitués ; une église autonome, par conséquent, et ne reconnaissant pour son Chef suprême que Jésus- Christ, auquel seul elle fait profession d'appartenir. Cette église décline toute prétention à la pureté absolue, mais elle se dit composée de professants. Cette profession est réelle en fait, bien que trop peu accentuée dans sa formule officielle. L'église libre, par sa formation d'abord, et ensuite par son existence, a aidé et elle aide à la saine intelligence de la notion d'église. On a commencé à comprendre d'une manière pratique que l'église n'est pas simplement la nation, le peuple, le corps politique