‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 28 sur 269 · CHAPITRE fal · texte numérisé non relu

CHAPITRE fal

dois qu'il fallait se hâter de ramener et d'affermir le calme par la liberté1?

C'est bien là ce que réclamaient du grand conseil constituant les vrais libéraux et, à leur tête, M. Vinet, dont la plume était toujours au service des plus nobles causes. Dans ses Quelles mots sur une question à l'ordre du jour 2, l'éminent avocat de la liberté religieuse s'efforçait de convaincre le grand conseil de ces deux vérités, c'est qu'il était impossible, cette fois, de ne rien mettre dans la constitution sur le sujet qui agitait tous les esprits, et, en second lieu, que la constitution devait consacrer cette liberté. Ne pas se prononcer pour la liberté religieuse, c'était se prononcer contre elle. Se taire, c'était nier. Mais si l'on voulait nier, il valait mieux que la négation fût expresse. Dans quel sens fallait-il se prononcer? Dans le sens de la justice, du bon sens, de Yhonneur national, du protestantisme, de la paix. Si l'on ne se prononce pas dans ce sens, quel rôle alors pour l'église nationale ! car c'est à son bénéfice et en son nom qu'on persécutera. Faudra-t-il, pour voter pour ou contre la liberté, attendre de savoir ce que veut le peuple? Mais le peuple veut que les législateurs votent selon leur conscience. Quoi qu'on en dise, c'est à ceux qui se respectent, non à ceux qui ne respectent que lui, que son estime est assurée.

Ce langage, si plein de raison, était trop élevé, paraît-il, pour les constituants de 1845. Six jours après, les décisions du grand conseil devaient apprendre à M. Vinet que sa voix s'était perdue dans le désert.

D'autres voix, mieux écoutées, retentissaient de toutes parts aux oreilles des représentants du peuple. Elles leur criaient que la secte méthodiste compromettait la paix et la tranquillité dans le canton de Vaud; qu'elle avait été introduite par des étran-

1 Voy. sur ce sujet les considérations si justes et si élevées renfermées dans le Semeur, 1845, N° 21, 21 mai.

* Lausanne, 4 pag. in-8, 14 mai 1845.

gers, qu'elle enveloppait naguère dans sa chaîne le pouvoir, la richesse et le crédit; que le sentiment religieux était un puissant levier, mais que, comme tout grand ressort, il devait être maintenu dans de sages limites, et que l'église nationale avait été organisée dans ce but; que les doctrines méthodistes avaient pénétré dans le clergé lui-même; que le fanatisme s'en était suivi, et de là les assemblées particulières, la discorde et les désordres; que, sauf la différence dans l'organisation, les chefs des méthodistes et les jésuites se servaient de la religion en obéissant à une influence étrangère ; que si la religion de l'état devait être conservée, il importait qu'elle fût une, etc. l.

C'est dans ces circonstances, et au moment où le grand conseil était ainsi travaillé dans le sens de l'intolérance, qu'eut lieu, sous la Grenette, à Lausanne, une assemblée populaire. C'était le samedi 47 mai, à huit heures du soir. Quatre cents personnes se trouvaient réunies. M. Luquiens, dont nous connaissons le rôle aux journées de la révolution, présidait la réunion. Il annonça que celle-ci avait pour objet les méthodistes ou momiers, et, dans un discours tout à fait populaire, il retraça les griefs qu'on avançait généralement contre le méthodisme et les momiers; d'un autre côté, cependant, il s'éleva avec énergie contre les actes de violence dont cette classe de citoyens était la victime. M. Luquiens engagea ses auditeurs au respect de la légalité, de V ordre public et surtout de la liberté de conscience. Il annonça ensuite que le grand conseil allait s'occuper de la question religieuse, et que des pétitions réclamaient le maintien de l'église nationale et la suppression du traitement des ministres qui cherchaient à former des sectes en dehors de l'église. Nous ne pouvons reproduire ici ce discours qui renfermait, à côté de beaucoup de bonnes choses, certains passages impossibles à livrer à l'impression. Après M. Luquiens,

1 Citations empruntées au texte d'une pétition contre la liberté religieuse. Voy.

Y Antijésuite, 1845, N° 3, 19 mai.

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