‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 31 sur 269 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et le peuple ne veut pas que des minisires de l'église nationale prêchent hors des temples et dans des assemblées dissidentes qui tendent à troubler le pays; d'anciens pasteurs, qui ont renié l'église nationale, viennent cependant prêcher dans nos temples l » Là-dessus, M. le conseiller d'état présente un tableau quelque peu fantastique de l'introduction du méthodisme dans le canton et de l'action de la loi du 20 mai. Si la tranquillité a régné depuis 1834, c'est que le méthodisme dominait, protégé par le pouvoir. C'est ce méthodisme, dont l'oppression a duré jusqu'au 14 février 1845, qui a amené une réaction violente. Si le peuple n'en veut pas, c'est qu'il rend triste, dissimulé, hypocrite, il introduit la désunion dans les familles, il est orgueilleux, il se dit seul chrétien, et on ne peut même comparer les méthodistes qu'aux pharisiens si énergiquemenl stigmatisés par Jésus. En conséquence, l'orateur demande le retranchement de l'art. 9, parce que si le droit d'association était garanti, les méthodistes s'en serviraient comme d'une arme, ils se réuniraient sous cette garantie dont le peuple ne veut pas!!

Nous serions tenté de demander pardon à nos lecteurs d'avoir placé sous leurs yeux de pareilles inepties; mais il nous paraît utile cependant de montrer ainsi où Ton en était encore chez nous en 1845, en fait de principes sur le simple droit des gens, et surtout comment on y comprenait la nature de la liberté religieuse. M. le conseiller d'état Blanchenay était peut-être l'enfant terrible du parti, et nous serions assez porté à le croire. Dans toute cette discussion, aucun de ses collègues, .si ce n'est M. Druey, ne voulut s'exposer à se brûler les doigts en touchant au feu. El M. Druey, il faut le dire, ne partageait pas absolument l'opinion de M. Blanchenay. L'amendement qu'il proposait, et qui fut rejeté, semblait du moins être plus favorable à la liberté. M. Druey était bien d'avis qu'il fallait un article sur la liberté d'association, mais il soumettait l'usage de cette liberté à la surveillance de l'autorité, ce qui pouvait mener

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très loin. M. Blanchenay exprimait au fond la pensée de la majorité des pétitionnaires, peut-être même de la grande masse du peuple, et, en tout cas, de la majorité du grand conseil.

D'autres orateurs se montrèrent heureusement plus tolérants, plus logiques, et surtout plus au courant des faits que M. le conseiller d'état, et il est de notre devoir d'enregistrer ici les noms d'hommes tels que MM. /. Correvon, Meylan, Dupraz, Frossard, Carrard, Pellis et Pidou. Ce dernier, à la vérité, se trouva d'accord avec M. Blanchenay, mais pour des motifs absolument différents. Tous ces hommes défendirent noblement et courageusement la cause si brutalement attaquée de la liberté religieuse. Aucun d'eux ne le fit par sympathie personnelle pour le méthodisme, et plusieurs eurent soin d'accentuer ce point; mais tous envisageaient comme le droit commun la liberté de servir Dieu selon sa conscience. M. Blanchenay ne fut soutenu ouvertement que par un ou deux orateurs, comme si ceux qui se préparaient à donner à son intolérance la sanction de leurs votes avaient éprouvé quelque honte à se ranger ostensiblement sous son drapeau.

Le retranchement de l'art. 9 du projet de constitution était donc, pour les partisans de la liberté religieuse, un second échec, moins sensible cependant que le premier.

Jusqu'ici, malgré la violence du discours de M. Blanchenay, malgré les perfides insinuations de M. Druey sur le méthodisme, cette « aristocratie religieuse, » et sur son mépris ou sur sa pitié « pour ceux qui n'ont pas la grâce, » on peut dire que la tribune du grand conseil n'avait encore assisté qu'à la petite guerre. Bientôt un mouvement inaccoutumé se produit dans la salle, l'attention se réveille, redouble; une certaine agitation

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