‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 32 sur 269 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

se manifeste : c'est rémotion de la bataille. Que se passe-t-il donc?

L'art. 12 du projet de constitution vient d'être mis en discussion. Cet article est rédigé en ces termes : « Le culte de l'église nationale et celui de l'église catholique, dans les communes énumérées à l'article précédent, continueront d'être seuls à la charge de l'état ou des bourses publiques qui ont des obligations à cet égard. »

A peine la lecture de cet article est-elle achevée, que M. Mercier, préfet de Gossonay, se lève : « J'ai l'honneur, dit-il, de présenter un amendement qui formera le second alinéa de l'article 12, pour mettre un frein au méthodisme et surtout pour empêcher que les pasteurs lui prêtent désormais leur appui. Je propose que tout salaire provenant de la caisse de Vétat ou de quelque autre caisse publique, soit retranché aux pasteurs qui officieront dans des assemblées religieuses autres que les réunions légalement consacrées au culte de l'église nationale. » A l'ouïe de cette incroyable proposition, ne semble-t-il pas qu'un frémissement de honte eût dû parcourir tous les rangs de la représentation nationale? Hélas, non ! puisqu'il s'était trouvé un homme pour présenter une motion aussi monstrueuse, il devait s'en trouver d'autres pour l'appuyer et pour la voter. Elle souleva, il est vrai, d'éloquentes protestations, et M. le pasteur de la Harpe, sur lequel devait reposer en grande partie le poids de la discussion, se levant le premier s'écria : « Ce n'est pas sans une certaine émotion que je prends la parole.... Cette question est une question de vie ou de mort pour notre église nationale.... Quoi! c'est dans la constitution d'un pays qui s'honore de toutes les libertés désirables, c'est à la fin du chapitre même qui les énumère, qu'on voudrait contester cette liberté de manifestations religieuses 1 Non, c'est impossible !... En adoptant l'amendement de M. Mercier, je dis que vous tueriez l'église nationale immédiatement et que vous donneriez au méthodisme

la victoire la plus réelle qu'il puisse désirer. Vous forcerez à sortir de l'église nationale une multitude de pasteurs qui lui sont très attachés, mais qui ne veulent pas vivre sous l'empire d'une obligation qui opprime leur conscience.... Si vous voulez l'église nationale, vous devez la vouloir forte, indépendante, honorée et honorable. » A M. de la Harpe se joignit M. /. Correvon. Lui aussi, il voyait dans l'amendement Mercier la ruine prochaine de l'église nationale. M. Pellis n'en jugeait pas autrement. Il était fort à craindre que cet amendement ne fût un principe de mort, ou même la mort immédiate de cette église. Il poussait à la dissidence, à la séparation de l'église et de l'état. Ainsi pensaient également MM. Maret-Tallichet, Ducret et Racket. Ce dernier demandait instamment qu'on n'introduisît pas dans la constitution même une disposition oppressive de la liberté, car l'amendement proposé avait ce caractère.

Malheureusement, les orateurs sensés et libéraux que nous venons de nommer ne rencontraient que bien peu de sympathies parmi leurs collègues et M. Mercier devait voir toute une phalange de députés se grouper autour de lui. M. Blanchenay ne pouvait manquer de se distinguer parmi les plus bouillants. « M. de la Harpe a beaucoup parlé de liberté, dit-il, il ne s'agit pas ici de liberté, c'est une question d'argent. (î !) Quand un pasteur se sentira forcé, par sa conscience, à fonctionner dans ces réunions, rien ne l'en empêchera. Seulement il devra renoncer à sa paye. L'autorité temporelle peut bien, sans outrepasser ses droits, exiger, sous ce rapport, l'obéissance du pasteur.... Voyez un peu ce qui se passe à Lausanne. Nous avons trois temples assez vastes. La cathédrale, à elle seule, peut contenir bien du monde. Eh bien, cela ne suffit pas à ces messieurs. Il leur faut encore une maison qu'ils appellent oratoire. Pourquoi donc tiennent-ils tant à venir s'entasser, à des heures nocturnes, dans une salle étroite? Ah 1 ils ont des besoins religieux à satisfaire? Eh î qu'ils étalent donc leurs sentiments

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