‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 39 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

religieuses ne pouvait absolument pas approuver la conduite du gouvernement, soit vis-à-vis des réunions religieuses, soit visà-vis des pasteurs. Le prédicateur courageux qui, du haut de la chaire de Saint-François, stigmatisait l'intolérance et la persécution, n'était pas un voisin commode pour un gouvernement qui faisait de l'intolérance son principe.

On voulait la démission de M. Vinet. Toutefois, le destituer était une chose grave. Il fallait qu'il donnât lui-même sa démission, et comme on connaissait l'extrême délicatesse de sa conscience, il fallait l'amener à choisir entre sa conscience et sa place. De là les attaques du Nouvelliste, si bien calculées pour abreuver de dégoûts l'âme de M. Vinet et l'amener peu à peu à ce qu'on désirait. On lui contestait le caractère ecclésiastique, on lui contestait la liberté de prêcher dans les temples ; on l'emprisonnait dans sa chaire de professeur, en attendant le jour où on l'en ferait descendre.

Cependant M. Vinet aurait encore maintenu ses droits et ses prétentions, si un fait d'une gravité extrême n'était survenu dans le moment même où l'illustre professeur poursuivait avec le Nouvelliste vaudois une polémique singulièrement douloureuse pour lui. Ce fait, qui, sans intéresser M. Vinet de la même manière que le clergé vaudois, le visait peut-être encore plus directement que nul autre ministre de l'Evangile, n'était rien moins que l'adoption, par le grand conseil, de l'amendement Mercier. Aussi, dès le lendemain, M. Vinet donnait-il, en ces termes, sa démission de professeur de théologie :

Monsieur le président et messieurs les membres du conseil d'état.

Le 10 novembre de l'année dernière, j'adressai au gouvernement ma démission de professeur de théologie pratique à l'académie de Lausanne. Sur les observations aussi judicieuses que bienveillantes de l'honorable président du conseil d'état, je consentis à suspendre ma démarche. Les faits que la journée d'hier a vu consommer marquent pour moi la limite naturelle de ce délai et le moment d'un douloureux sacrifice.

Je viens donc, messieurs, vous prier d'agréer ma démission et de vouloir bien pourvoir à mon remplacement dans mes fonctions académiques à dater du 1er novembre prochain.

Agréez, messieurs, l'assurance de mon respect.

VlNET.

Lausanne, 21 mai 1845.

Nos lecteurs nous sauront gré défaire suivre ces lignes, si nobles et si éloquentes par leur simplicité même, de la lettre par laquelle M. Vinet faisait connaître, d'une manière plus complète, aux étudiants en théologie, ses élèves, les motifs de sa démission.

Messieurs et très chers amis,

Au moment où je résigne mes fonctions que dans l'état actuel des choses je ne crois pas pouvoir garder plus longtemps, j'éprouve l'impérieux besoin de m'approcher de vous, pour vous dire non pas les raisons qui m'ont déterminé (ce n'en est je crois ni le lieu ni le moment), mais les sentiments qui remplissent mon cœur dans cette crise de ma vie. Le devoir a pu dans d'autres temps me commander d'autres sacrifices; il n'en a jamais imposé de plus douloureux. La perte que je fais, je l'ai mesurée dans tous les sens. Mais, pour dire la vérité, rien dans cette nouvelle épreuve ne m'est plus sensible que de me séparer de vous; ce dernier obstacle a été le plus difficile à surmonter, et quand rien ne me retenait plus, il me retenait encore. Grâce à votre amitié pleine d'égards, d'empressement et de délicatesse; grâce à votre amour pour la vérité, pour le bien, à votre respect religieux pour votre avenir, à la douceur de vos mœurs et à la sagesse de votre caractère, j'ai goûté dans mes relations avec vous les contentements les plus purs qu'il soit donné à l'homme de goûter ici-bas, et j'ai fait l'expérience la plus sensible et la plus touchante de la bonté de Dieu à mon égard. Ce que vous avez été pour moi, vous et vos devanciers pendant sept années, s'est joint à l'honorable et précieuse bienveillance de mes collègues pour me faire dans la position que je vais quitter le sort le plus doux et le plus digne d'envie. Recevez donc, messieurs, avec mes douloureux adieux, mes remerciements les plus tendres et mes vœux les plus fervents. Que Dieu vous bénisse! c'est tout ce que je puis et tout ce que je veux vous dire. Quant à ma démarche, elle s'expliquera plus tard et se justifiera à vos yeux; j'ai besoin de l'espérer

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