‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 4 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

du foyer domestique au nombre de nos libertés? Les faits récents ne rendaient cette question que trop naturelle1.

Après avoir témoigné d'une condescendance peut-être excessive, le jour devait venir cependant où les pasteurs jugeraient que le devoir l'emportait sur la prudence. Ce jour-là, le culte du soir fut repris dans plusieurs localités du canton.

C'était le dimanche 9 mars. Mais, comme s'il y avait eu un mot d'ordre donné, dans deux villes très distantes l'une de l'autre le service fut gravement troublé et dut être interrompu.

A Aigle, durant la prière finale, on entendit tout à coup aux abords du lieu de culte, mais à quelque distance, les chants d'une troupe bruyante qui approchait et qui s'arrêta devant la porte de l'oratoire2. Après un moment de silence complet, les cris : « A bas les mômiers ! A bas les jésuites protestants! » se rirent entendre comme s'ils fussent sortis d'une seule bouche. Les blasphèmes, les imprécations les plus horribles allaient se croissant, lorsque, soudain, un de ces forcenés armés de bâtons et de couteaux ouvrit la porte, et un homme ivre, écumant de rage, se précipita dans l'intérieur avec l'intention d'éteindre les lumières. Au même instant, M. le juge de paix Aviolat, le saisissant par le bras, le poussa dehors et ferma la porte en déclarant qu'on passerait sur son cadavre avant que d'entrer. La fureur de la foule ameutée contre de paisibles chrétiens, s'enflamma de plus en plus. Heureusement que M. le conseiller d'état Ch. Veillon, qui se trouvait accidentellement dans sa ville natale, apprenant ce qui se passait, accourut. « J'ai honte, s'écria-t-il, de vivre parmi une populace pareille qui veut la liberté

1 Courrier suisse, 1845, N° 19, 7 mars. * L'ancien temple allemand.

avant tout, et ne veut pas permettre à son prochain de servir Dieu comme il l'entend 1 Je n'aime pas les mômiers, mais ils ne font point de mal, ils ne vous empêchent pas d'aller au cabaret; laissez-les prier. » Néanmoins, les menaces, les cris redoublèrent. « Déchirez-moi donc, continua M. Veillon, placé près de la porte; faites de moi ce que vous voudrez, mais vous aurez à passer sur mon corps avant de toucher à ces gens-là 1 » Ce fut grâce à la fermeté et à la noble conduite de ce magistrat et à celle du juge de paix, que l'assemblée put se retirer sans endurer des voies de fait. Il n'était rien moins question, paraîtil, que d'éteindre toutes les lumières et de se précipiter sur les assistants *.

A la suite de cette manifestation populaire, il fut convenu, dit-on, que les réunions auraient lieu dorénavant dans le temple paroissial, et de jour, soit à trois heures de l'après-midi. Le Nouvelliste, en rendant compte de cette convention, voulut y voir la preuve que beaucoup de gens désiraient que ces réunions n'eussent plus lieu de nuit, et dans un local séparé de celui des fidèles 2 .

A Morges, le prétexte du local n'existait plus, car c'est dans le temple même, et nullement par les soins de pasteurs dissidents, que les réunions avaient lieu. Seulement, c'était entre cinq et six heures du soir, et il fallut, dit la Gazette, tout le dévouement des autorités pour retenir le peuple justement indigné (11). Indigné sans doute de ce qu'on ne lui fournissait pas un motif plus plausible de porter atteinte à la liberté religieuse et à celle du ministère. En racontant ces dernières scènes, le Nouvelliste se livrait à une critique amère des méthodistes, de

1 Bulletin religieux, 1845, N° 2, 1er avril. * Nouvelliste vaudois, 1845, N° 23, 21 mars.

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