CHAPITRE I
leur dévotion, de leur humilité, de leur ténacité, de leur plan arrêté de faire pièce au gouvernement. Du reste, ajoutait ce journal, il n'y avait eu aucune voie de fait contre les méthodistes et leur dispersion par l'autorité avait été facile1. A ces accusations du journal de M. Druey, M. le ministre Jayet, qui se trouvait alors à Morges, répondit qu'il ne s'agissait pas ici de méthodistes, mais de pasteurs et de fidèles nationaux; que les perturbateurs ayant obtenu tout ce qu'ils voulaient, il n'y avait pas eu en effet d'accident grave. Les réunions de Morges avaient été interrompues après le 14 février. Les hommes religieux n'agiraient sans doute jamais contre l'ordre de choses actuel, mais il ne fallait pas commencer par les mettre hors la loi2.
Le dimanche suivant, des scènes toutes semblables se produisirent à Lausanne, dans la maison de Loys, à la rue de Bourg. Ici, à ce que raconte la Gazette, a l'autorité de M. le préfet était devenue nécessaire pour forcer les dissidents à évacuer le local que leur avait ouvert un zèle mal conseillé (111). » Il est curieux de voir à quelles réflexions se livre à ce propos le journal que nous citons : « Les méthodistes sont incorrigibles et veulent absolument se poser en martyrs. En vain on leur répète que leurs assemblées troublent le repos public et indisposent nos populations, ils s'obstinent à se réunir et à braver non seulement les conseils qu'on leur donne, mais les injonctions de l'autorité.... Il nous semble que la véritable religion s'y prendrait autrement, et qu'aujourd'hui les méthodistes bien informés de l'antipathie populaire qu'inspirent leurs doctrines devraient compter pour quelque chose l'ordre public et le repos des citoyens3. » En vérité, depuis les fameuses 06-
1 Nouvell.vaudois, 1845, N° 21, 14 mars. — Il y eut cependant bien quelque chose de plus qu'une simple dispersion, puisqu'un individu fut condamné par le tribunal de Morges à quatre jours de prison, comme ayant participé activement à l'émeute.
* Ibid., 1845, N° 23, 21 mars.
3 Gazette de Lausanne, 1845, N° 23, 21 mars.
servations sur les sectaires du landamman Muret, la Gazette n'avait absolument rien appris ni rien oublié. Quelle ignorance des droits les plus imprescriptibles!
Les jours de grande fête chrétienne se distinguaient ordinairement chez nous par leur solennité, par le recueillement général et par l'ordre extérieur. Il ne devait pas en être ainsi en 1845. Cette année-là, le dimanche de Pâques, dans la soirée, une troupe de jeunes gens armés de bâtons entrait dans une maison delà place Saint-Laurent, à Lausanne, où se tenait une assemblée religieuse. Elle en fit sortir de force tous les assistants dont plusieurs furent frappés. Parmi les cris que poussaient les perturbateurs, on entendait des paroles comme cellesci : « Point de réunion le soir! A l'église le malin, ou la mort! Je suis aussi bon chrétien que vous, j'ai communié ce matin, etc. » La même bande se transporta ensuite dans une maison de Montbenon où l'on soupçonnait qu'une autre réunion avait lieu; elle se la fit ouvrir et la fouilla du haut en bas. Puis, vingt-cinq ou trente individus armés de bâtons se dirigèrent vers la Chaumière, maison habitée par M. E. Cramer; ils en demandèrent l'entrée avec menaces, sons prétexte de réunions qui n'y avaient jamais eu lieu. La vive résistance qu'ils rencontrèrent les empêcha seule de pénétrer dans la maison. Derrière Bourg, semblable tentative d'une autre bande. Le propriétaire ne voulant pas tolérer cette violation de son domicile, le préfet intervint et la bande se dispersa. Enfin, le même désordre se répéta au Grand Saint-Jean. Le culte d'une famille fut interrompu par l'entrée de quelques jeunes gens dans l'appartement; ils firent fermer les livres de prière et cesser le chant d'un cantique.