‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 43 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

c'était cette absence de vérité qui faisait de la faiblesse du clergé la force même du pouvoir civil. Au point de vue purement ecclésiastique, religieux, les pasteurs avaient mille fois raison de revendiquer la liberté du ministère évangélique; au point de vue légal, ils n'avaient pas à demander plus que la loi ne leur accordait. S'il y avait impossibilité de concilier ces exigences contradictoires, il fallait de toute nécessité sortir de cette position fausse et sacrifier le matériel au spirituel. Rien, aussi clairement que le Mémoire du 26 mai, ne devait donc démontrer « l'embarras de ceux qui prétendaient encore concilier l'existence d'églises nationales avec le principe de la liberté religieuse *. »

Malgré les critiques fondées auxquelles le Mémoire prêle le flanc, on peut dire cependant que le lundi 26 mai 1845 fut pour le clergé vaudois une belle et importante journée, « le prélude du 12 novembre,» comme s'exprime M. Baup. Les différentes fractions qui divisaient le clergé surent, ce jour-là, se réunir et s'entendre, imposer silence à leurs préventions et se faire des concessions mutuelles2. La lutte allait devenir de plus en plus douloureuse et commander des sacrifices bien autrement grands.

Le Mémoire des 221 fut déposé le 12 juin sur le bureau du grand conseil et renvoyé pour examen à une commission composée de MM. Aneth, rapporteur, Fischer, conseiller d'état, Roulet, Bolle et Visinand. Le rapport devait être présenté dans la

1 Jottrand, De la question religieuse dans le canton de Vaud, pag. 78. On trouvera ici une lumineuse exposition des vices de la situation faite aux pasteurs par la loi de 39; vices qui ressortent du Mémoire même des 221.

2 Peut-être même, dans la crainte de se diviser, et dans le désir de se présenter nombreux, les pasteurs se firent-ils un peu trop de concessions mutuelles, entre autres sur la question des oratoires.

séance du lundi 7 juillet. Mais ce jour-là, la discussion très courte qui s'engagea en second débat sur les articles 9 et suivants du projet de constitution, ne fit aucune allusion au Mémoire. Lorsque, le 17 novembre suivant, le grand conseil eut de nouveau à s'occuper de cette question, de graves événements s'étaient accomplis. Nous renvoyons à ce moment-là de revenir sur ce sujet.

Les signataires du Mémoire auraient pu, du reste, deviner le sort qui était réservé à leurs demandes en voyant de quelle manière avait été reçue, le 8 juin, une pétition de Payerne relative à la circulaire du 15 mai. Trente-sept honorables citoyens de l'antique cité de la reine Berthe, membres de l'église nationale, réclamaient pour eux-mêmes une heure d'édification de plus que le culte public, et pour leurs pasteurs le droit d'exercer leurs fonctions hors des temples et après les heures du service officiel. Ils contestaient au conseil d'état le droit d'agir comme il l'avait fait et désiraient qu'il fût invité à retirer sa mesure1.

La commission, par l'organe de son rapporteur M. Muret- Tallichet, se déclara unanime pour repousser les conclusions de la pétition, parce que la circulaire n'était qu'une mesure administrative, une invitation et non un ordre. Toutefois, la majorité pensait qu'il serait peut-être bon de déterminer exactement ce qui était permis et ce qui ne l'était pas; de régulariser les réunions religieuses non officielles par le moyen des municipalités et du conseil d'état. On combattrait ainsi avantageusement la dissidence et on remplacerait les oratoires par des réunions dans les temples. La majorité demandait donc le renvoi au conseil d'état, à titre de renseignement.

Au cours de la discussion, M. Drueij exposa de la manière la plus catégorique les théories césaropapistes du conseil d'état. L'église réformée vaudoise a été établie par l'état, c'est l'état

• Un extrait de cette pétition se trouve dans le Bulletin du grand conseil, pag. 649.

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