‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 44 sur 269 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

qui organise l'église! De là. les obligations des pasteurs envers l'état. Le culte de l'église nationale ne peut avoir lieu que dans les temples. Si l'on veut avoir des services hors des heures déterminées, le pasteur peut s'entendre avec la municipalité, et s'il y a désaccord, on peut recourir au conseil d'état. C'est toujours l'autorité qui règle ces changements.... On peut ainsi satisfaire aux besoins religieux les plus étendus, avec la permission de l'autorité (!!). M. Druey trouvait que toutes les réunions, que les oratoires, en particulier, rentraient dans la dissidence; que les pasteurs se plaçaient dans une situation tout à fait fausse, parce qu'il est impossible d'appartenir à deux églises à la fois!! Du reste, M. Druey estimait que le conseil d'état avait usé de douceur, de ménagements envers les pasteurs, en leur rappelant1 leurs devoirs. Un pasteur, membre du grand conseil, M. Roulet, prit aussi part à la discussion, mais pour y exposer d'assez étranges doctrines sur le but primitif des oratoires qui, selon lui, auraient été dirigés contre l'église nationale, au moins à Lausanne2. Le grand conseil, adoptant les conclusions de la minorité sur la pétition de Payerne, passa à l'ordre du jour. On pouvait déjà alors se convaincre que l'atteinte portée à la liberté dans le sein de l'église nationale se rattachait à un ensemble de doctrines sociales, dont le gouvernement était décidé à trouver l'application.

Cette application devait se faire dans l'école comme dans l'église, et on le vit bien le 20 mai, lorsque deux membres du grand conseil, MM. L. Blanchenay, vice-président du conseil d'état, et V. Kehrwand, accusèrent publiquement le directeur de l'école normale, M. Gauthey, d'enseigner le méthodisme à ses élèves et de noter favorablement pour les examens ceux qui allaient à l'oratoire. Ces assertions, émises de si haut et

1 Nous avons déjà vu l'importance de ce mot rappeler.

4 Le Bulletin religieux (1845, N°6, 31 mai) releva, comme il convenait, les assertions de M. Roulet et ses accusations injustes contre la société laïque.

dans une occasion solennelle, étaient fausses et provoquèrent une énergique réclamation du directeur de l'école. M. Gauthey avait laissé à ses élèves la plus complète liberté à l'égard des cultes de l'oratoire, et, quant au méthodisme, voici ce qu'il répondait à ses accusateurs : « J'ai enseigné, d'une manière élémentaire, le christianisme dans sa simplicité et dans sa pureté; rien de moins, rien de plus. Evitant, autant que possible, les doctrines particulières ou secondaires, je me suis attaché essentiellement à celles qui ont toujours été reçues, crues et proclamées par l'église universelle. Si c'est là du méthodisme, c'est le méthodisme de Jésus-Christ, c'est le méthodisme de saint Pierre, de saint Jean, de saint Paul et de tous les apôtres; c'est le méthodisme des Cyprien, des Athanase, des Augustin, des Bernard; c'est le méthodisme de tous nos réformateurs sans exception, c'est la religion de nos pères; c'est, grâce à Dieu, celle de l'universalité des pasteurs de notre église nationale, autant que je puis les connaître1. »

Ces attaques contre l'école normale émurent le pays. En dépit de la dépendance où ils étaient de l'autorité qui les salariait et pouvait les révoquer, un très grand nombre d'instituteurs primaires protestèrent dans les journaux contre les insinuations concernant leur ancien directeur2. Mais qu'attendre d'un système qui, non content de s'appuyer sur les mauvaises passions du pays, les provoquait et leur donnait en pâture les citoyens les plus respectables? Et quant aux instituteurs primaires, il ne faut pas oublier que le parti radical avait fait dans leurs rangs nombre de recrues, que la révolution en avait séduit beaucoup, en flattant chez eux certains instincts naturels qu'une instruction incomplète développe facilement et en les plaçant dans un état d'antagonisme vis-à-vis des pasteurs3.

1 Gazette de Lausanne, 1845, N° 42, 27 mai.

* Courrier suisse, 1845, N° 46, 10 juin et N° 47, 24 juin.

3 Le 6 juin 1845, il y eut à Lausanne une réunion d'une centaine d'instituteurs

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