CHAPITRE V
acolyte, M. Belarageaz; M. Eytel siégeait alors à la diète. Malgré les efforts des deux conseillers d'état, l'assemblée repoussa leurs propositions.
La session ordinaire était close1. Ainsi se trouvait terminée la nouvelle constitution qui allait être proposée à la sanction du peuple vaudois. Si elle ne changeait rien aux institutions religieuses du canton, elle étendait beaucoup les droits du peuple en matière politique. Deux questions distinctes seraient soumises aux assemblées primaires : l'acceptation ou le rejet de la constitution nouvelle ; le maintien du grand conseil nommé en mars, ou le renouvellement intégral de ce corps. Le grand conseil, avant de se séparer, avait réglé tout ce qui concernait, cette importante opération. Il avait décidé, en particulier, que la double votation aurait lieu le dimanche 40 août suivant. Mais les opérations du vote allaient être précédées d'un fait, insignifiant, semble t-il, et qui cependant jetterait dans le pays un nouveau ferment de discorde.
Aux dispositions prises par le grand conseil relativement à la votation populaire du 10 août, le conseil d'état jugea à propos d'ajouter une longue proclamation. Cette pièce, en date du 29 juillet, exposait les changements favorables aux intérêts du peuple qu'apportait la nouvelle constitution; elle discutait les opinions politiques relatives à la double question posée et présentait l'apologie du conseil d'état. On avait accusé celui-ci de communisme, de despotisme, d'irréligion. Il présentait par conséquent les preuves auxquelles le peuple devait reconnaître que ces accusations n'étaient pas fondées, qu'elles étaient de pures calomnies. Il fournissait en outre cet argument général
1 Bulletin dît grand conseil, 1845, pag. 1109-1131.
à l'appui de sa bonne foi : « Est-il possible qu'un gouvernement qui n'a d'autre pouvoir que celui qu'il lient des suffrages des citoyens, d'autre force, après Dieu, que la confiance publique et l'appui du peuple, puisse seulement songer à imposer à ce peuple des doctrines qui répugnent à son caractère, qui sont opposées à sa volonté et qui lui seraient funestes 1 ? »
La conversion, on en conviendra, avait été merveilleusement prompte. Il n'y avait cependant rien d'extraordinaire à ce que le conseil d'état sentît le besoin de se laver des accusations dirigées contre lui, non sans raison, il est vrai. En des temps antérieurs, d'autres gouvernements l'avaient fait, et, en particulier, celui qui était tombé en 1830. « En remettant sa cause à juger au peuple, au moment où il lui présentait une constitution lui apportant de grands avantages, le conseil d'état faisait déjà un coup de politique fort adroit. En ajoutant que le gouvernement avait toujours eu le peuple pour seul arbitre, il avait l'air de mettre à l'abri de la volonté générale tout ce qui s'était passé jusque-là au sujet des affaires religieuses. Au fond, et en y regardant de près, ce n'élait que détourner l'opinion d'une question, en lui en présentant une autre-. »
La proclamation était donnée pour être lue en chaire le dimanche 3 août, affichée au pilier public de chaque commune, ainsi qu'à l'entrée de l'édifice où devait se réunir l'assemblée du cercle, le 10 août.
L'ordre relatif à la lecture de cette proclamation ne parvint entre les mainsde la plupartdes pasteurs que la veilleou l'avantveille du jour où cette lecture devait avoir lieu. Quelques-uns même ne la reçurent que le dimanche matin, au moment de monter en chaire. Cet ordre portait la date du 30 juillet. Un petit nombre seulement eurent le temps d'en conférer avec leurs
1 La proclamation est insérée tout entière dans le Précis de M. Baup, pag. 104-116.
2 Jottrand, De la question religieuse dans le canton de Vaud, pag. 85, 86.