‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 49 sur 269 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ministres, furent aussi vives que différentes. Comme on pouvait s'y attendre, les partisans et les créatures du gouvernement crièrent au scandale 1 Pour eux, les pasteurs qui n'avaient pas lu la proclamation n'étaient rien moins que des rebelles, des révoltés, voire même des prêtres réfractaires ! les protestations dont les temples de Lausanne avaient été les témoins, étaient des émeutes; les paroles de blâme prononcées dans cette circonstance par quelques personnes, étaient des vociférations! Ceux qui n'avaient pas trouvé la lecture de la proclamation compatible avec le culte public, n'étaient autre chose que des « ci-devant nobles de la rue de Bourg, des de, des ci-devant du précédent régime, des démissionnaires, des rédacteurs du Courrier suisse et de Y Indépendant, des doctrinaires, des prétendus conservateurs, des membres de l'association libérale,... » et, pour tout dire en un mot, des mômiers! Il est évident qu'à entendre les gens de ce parti, l'indignation publique se manifestait de tous côtés. Qu'y avait-il, en effet, dans la fameuse proclamation, d'incompatible avec les fonctions des pasteurs et avec la religion? Bien plus, la proclamation n'était nullement étrangère à la religion. « Ne parle-t-elle pas de l'église nationale évangélique réformée et de la religion catholique? Est-ce qu'une constitution n'est pas de nature à exercer une immense influence sur ce qui tient à la religion, à l'église, au culte? Y a-t-il une seule des relations de la vie, surtout de la vie politique ou publique d'un peuple, qui soit étrangère à la religion? C'est se faire une idée bien mesquine et bien peu digne de la religion chrétienne que de la parquer dans les étroites limites du dogme ou du rite1. » Aussi, les événements du 3 août sont-ils graves, déplorables, incalculables dans leurs conséquences. Les pasteurs sont entrés en révolte manifeste avec les pouvoirs constitutionnels. Ils ont rompu le lien qui

* Nouvelliste vaudois, 1845, N° 62, 5 août.

unit l'église à l'état; ils ont violé la constitution et les lois ecclésiastiques; ils ont méconnu leur caractère1. « Le conseil d'état était dans son droit, et ce qu'il demandait aux pasteurs, ce n'était pas tant comme pasteurs que comme officiers de l'état, par la même raison, par exemple, que c'est comme fonctionnaires civils qu'ils tiennent certains registres. Officiers civils, ils se sont révoltés contre le pouvoir civil. » Les articles 129, § 6, et 130 de la loi ecclésiastique leur étaient donc applicables2. Du reste, fait remarquer \e Nouvelliste, les pasteurs en révolte sont, sans exception, des pasteurs méthodistes, non attachés à l'église nationale et qui ont été heureux de trouver cette occasion pour la frapper î Voilà, assurément, qui était de nature à recommander la cause de ces pasteurs à l'indulgence du peuple indigné! Quant aux laïques qui ont fait du bruit dans les temples, ils sont justiciables des tribunaux*.

Mais encore, ces pasteurs qui se sont refusés à ce que le gouvernement leur demandait, avaient-ils pour eux le droit? C'est ce qu'ils ont dit; c'est aussi ce qu'on leur a contesté. Seulement, cette question devant se présenter de nouveau à nous dans un instant, nous y reviendrons alors avec plus d'opportunité. Qu'on nous permette de faire entendre encore une des voix de Yindignation publique. C'est de Morges qu'elle retentit, et sous la forme de la pétition suivante adressée au grand conseil :

Messieurs,

Un fait inqualifiable s'est passé dans notre pays!... Une partie de notre clergé vient de se constituer en état de révolte contre le pouvoir exécutif!...

1 La Gazette de Lausanne ne sachant encore de quel côté tournerait le vent, s'était bornée à constater avec tristesse : « la rupture survenue entre les deux piliers de l'édifice social, l'état et l'église. » (1845, N° 62, 5 août.)

2 Les pasteurs pouvaient être destitués pour cause d'insubordination déclarée.

3 Nouvelliste vaudois, 1845, supplément au N° 62, 7 août.

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