CHAPITRE V
Des ministres appelés à prêcher la paix, ont appelé sur leur patrie la guerre civile !
Ils devaient répandre la lumière, désabuser des âmes sincères, mais crédules, que l'intrigue et la calomnie avaient trompées!... Ils ne l'ont pas voulu faire!...
Ils ont refusé le concours auquel les oblige leur double qualité de fonctionnaires publics et de ministres de l'Evangile!... Ils ont opposé leur volonté à celle du gouvernement!... Un grand châtiment les attend.
Dans cette circonstance, une des plus graves dans lesquelles le canton de Vaud se soit trouvé, les soussignés ont cru devoir vous exprimer, messieurs, leur profonde douleur, vous témoigner leur indignation, et vous assurer de leur loyal concours, dans toutes les mesures que vous croiriez devoir prendre, dans la proportion de l'énormité du délit dont les prêtres réfractaires se sont rendus coupables.
Les ennemis du clergé firent dans le temps grand bruit d'une lettre datée du 1er août, et écrite de Lausanne par M. Ch. Monnard. Cette lettre avait trait à la lecture en chaire de la proclamation du gouvernement. M. Monnard déclarait cette lecture impossible. Voici du reste le texte même de cette lettre.
Cher frère et ami,
Les pasteurs de Lausanne refusent de lire en chaire la proclamation mensongère du conseil d'état. J'écris à mon suffragant d'en faire autant1. La loi n'oblige pas à faire de semblables lectures. Des laïques ont dit à un pasteur d'ici : « Nous irons à l'église tout exprès pour protester et
1 M. Monnard avait au mois de mai résigné sa chaire de professeur de littérature française à l'académie de Lausanne, et, le dimanche 13 juillet, il avait été installé comme premier pasteur de Montreux. Cette cérémonie avait attiré un grand concours de monde. Mais M. Monnard n'occupa que fort peu de temps la cure de Montreux. Dès le début de son ministère dans cette paroisse il eut un suffragant. A l'époque de la proclamation, ce suffragant était M. le ministre J. Comte.
imposer silence si l'on s'avise de lire cette pièce. Il y aura du tumulte, s'il le faut. > Cette affaire excite une grande rumeur à Lausanne contre le gouvernement. Il serait bon que le plus de pasteurs que possible suivissent cette ligne de conduite. Veuillez en parler à tous ceux de nos frères que vous pourrez voir. Ecrivez-moi si vous avez reçu ma lettre à temps et ce qui aura été fait de vos côtés.
Votre bien affectionné,