‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 6 sur 269 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Ceci, nous le répétons, se passait en 1845, le jour de Pâques, dans un pays qui se disait libre et civilisé, et à la suite d'une révolution faite au cri de : A bas les jésuites qui étouffent la liberté1 1

Le mardi suivant, dans la soirée, les mêmes tentatives se renouvelèrent à Saint-Laurent et à la descente de Montbenon. A neuf heures, une bande composée de vingt à vingt-cinq individus se présenta à la grille de la Chaumière. Cinq ou six d'entre eux s'approchèrent de la maison en jetant des pierres et du gravier contre les fenêtres et en criant qu'ils venaient voir s'il y avait des mômiers. Dans la crainte de se voir assailli comme le jour de Pâques, M. Cramer sortit de la maison, accompagné de quelques amis qui étaient chez lui pour lui prêter main forte, par suite de l'avis qu'il avait reçu que les scènes du dimanche précédent se renouvelleraient. Il somma les agresseurs de se retirer en leur déclarant que, s'ils persistaient, il emploierait la force. Les perturbateurs, voyant la décision de M. Cramer, prirent la fuite; les gendarmes et les gardes de police, qui veillaient aux environs, survinrent alors et achevèrent de disperser la bande2.

Cependant une enquête ayant eu lieu sur les violations de domicile commises à Saint-Laurent et sur Montbenon, sept individus furent renvoyés par le juge d'instruction devant le tribunal correctionnel, cinq autres devaient être arrêtés s'ils ne pouvaient fournir caution. (27 mai.) Le substitut du procureur général, M. Ch. Duplan, soutint l'accusation avec fermeté et réclama pour la liberté religieuse la protection que la justice lui doit. L'instigateur du désordre, un étranger au canton nommé Chuard, fut condamné à un mois de prison; deux autres accusés eurent à subir, l'un vingt jours, l'autre quinze jours de la même peine. La justice avait fait son devoir. Pourquoi tant

1 Courrier suisse, 1845, N° 24, 25 mars.

2 Ibid., 1845, N° 25, 28 mars.

MOUVEM. RELIG. VI. 2

d'autres violations de domicile et d'atteintes à la liberté religieuse durent-elles échapper dans la suite à toute répression?

Que faisait le gouvernement pour calmer l'effervescence populaire et sauvegarder les intérêts et les droits les plus sacrés des citoyens? Il adressait au préfet du district de Lausanne la lettre suivante :

Lausanne, le 19 mars 1845.

Monsieur le préfet,

Je vous remercie du rapport que vous avez adressé au conseil d'état en date du 19 de ce mois, au sujet des désordres qui ont eu lieu dans la maison de Loys en cette ville, le dimanche soir, 16 de ce mois.

En même temps, je vous préviens, monsieur, que le conseil d'état est décidé à réprimer, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, toutes les violations à la loi, ainsi que d'assurer une protection efficace aux citoyens paisibles et iuoffensifs.

Vous êtes en conséquence autorisé à agir avec énergie pour réprimer tout désordre grave.

Je vous charge, en outre, de faire connaître à la municipalité de Lausanne que le conseil d'état a éprouvé une pénible surprise en apprenant que les agents de la police locale ont refusé ou se sont abstenus de se rendre sur le théâtre de certains désordres ; qu'elle est invitée à maintenir l'ordre dans la ville. Cette partie de la police étant dans ses attributions, elle sera appuyée par le pouvoir exécutif pour ce qui concerne le respect des lois et la protection des citoyens.

Vous préviendrez cette autorité que si elle ne remplit pas à l'avenir ses devoirs d'une manière plus satisfaisante et si elle refuse de contribuer au maintien de l'ordre par les moyens dont elle peut disposer, le conseil d'état verra à prendre des mesures plus efficaces l.

Agréez, etc.

Le vice-président, L. Blanchenay.

1 En date du 21 avril, M. E. Dapples, syndic de Lausanne, adressa au préfet du district une protestation de la municipalité contre le blâme, aussi grave que peu mérité, déversé sur elle par le conseil d'état. (Voy. Courrier suisse, 1845, N° 33, 25 avril.)

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