CHAPITRE VI
voix contre 8530. Le grand conseil décida que la nouvelle constitution porterait la date du iO août, jour où la votation avait eu lieu, et qu'une fêle civique serait célébrée annuellement en souvenir de cette date importante.
Sur le bureau du grand conseil se trouvait un certain nombre de pétitions venant de Cossonay, de Sullens et de Monlricher et demandant que les pasteurs qui avaient refusé de lire la proclamation du conseil d'état fussent punis; que le traitement des pasteurs fût réduit à 1200 fr. (de Suisse) et que les fonds et maisons de cure fussent vendus. La commission appelée à faire rapport sur ces pétitions était composée de MM. Pellis, avocat, Druey, conseiller d'état, Roulet, pasteur, Vittel et Rumilly. Cette commission se partagea, sur le premier point, en une majorité proposant de renvoyer les pétitions au conseil d'état, déjà nanti de toute cette affaire conformément à la loi ecclésiastique; en une première minorité demandant qu'on ajoutât ces mots : espérant d'ailleurs que cette autorité usera d'indulgence; et en une seconde minorité proposant que, la question étant soumise aux juges compétents, le grand conseil s'abstînt de tout prononcé d'opinion, sauf à reprendre la question plus tard, s'il y avait lieu.
Dans la courte discussion qui suivit (21 août), M. le préfet Mercier appuya vivement les pétitionnaires et parla avec indignation de la désobéissance du clergé à l'autorité supérieure de la république; aux yeux de ce magistrat, la proclamation du conseil d'état était parfaite en son genre. Sur quoi donc les pasteurs se sont-ils fondés pour ne pas la lire? M. Mercier le sait bien, mais il s'abstient de le dire. MM. Frossard et Pellis défendirent le point de vue de la seconde minorité. M. Roulet formait à lui seul la première minorité.
Malgré les efforts du rapporteur de la commission, le grand conseil, en renvoyant les pétitions au conseil d'état, déclara avoir vu avec peine ce qui s'était passé1. Ces mots seuls étaient
4 Bulletin du grand conseil, août 1845, pag. 48-56.
déjà un préavis dans le sens de la majorité du grand conseil. Etait-il convenable que le premier corps de l'état préjugeât ainsi la question? que le grand conseil, qui n'avait qu'à attendre, se prononçât avant d'avoir connu la pensée des classes? Ne devait-il pas s'abstenir de tout ce qui pourrait pousser les juges (le conseil d'état) à frapper avant que les prévenus eussent été entendus? Mais c'est en vain que M. Pellis adressa à ses collègues les avertissements les plus sages, les plus opportuns; les pasteurs étaient d'avance condamnés.
A cet appel fait aux passions et aux préjugés du pays, le pays ne tarda pas à répondre. De divers côtés le grand conseil reçut des adresses s'élevant avec plus ou moins de violence contre la conduite des pasteurs. Un moment même, on put croire que, sous prétexte de réunions extralégales, les émeutes allaient recommencer. Tel fut le cas à Aigle, par exemple.
Le dimanche soir, 24 août, quelques amis se trouvaient réunis chez M. le ministre F. Bertholet qui allait partir pour la France. Il n'était pas question d'assemblée religieuse. A huit heures et demie, un homme masqué s'introduisit dans la maison et s'écria, en sommant les assistants de sortir : « On saura bien vous faire finir! » On obéit aussitôt à cette sommation illégale. Mais lorsque les hôtes de M. Bertholet furent sortis de la maison qui était écartée, ils furent assaillis par une bande d'hommes déguisés, armés de bâtons et de pierres, qui, les attaquant isolément, rendirent toute résistance impossible. Il était plus de dix heures. Plusieurs personnes furent atteintes assez grièvement. M. Bezencenet, médecin estimé, et qui faisait beaucoup de bien dans cette contrée, tomba au milieu d'un groupe, et bientôt reçut à la tête un coup de bâton qui le renversa. Il put, non