CHAPITRE VI
respecter la personne des citoyens, quelles que fussent, du reste, les idées et, les pratiques religieuses de ces derniers. Pourquoi, par exemple, les réunions religieuses tenues les 18, 49 et 20 août de cette année 1845, à Lausanne, dans le temple de Saint-Laurent, furent-elles si libres et si paisibles, bien qu'il n'eût pas manqué au chef-lieu de gens disposés à les troubler, et que ces réunions eussent été indirectement frappées d'interdiction par la circulaire du 15 mai1? Est-ce la présence du grand conseil dans les murs de Lausanne qui inspira de la prudence aux autorités et calma la fougue des perturbateurs? Peu importe; malgré la gravité des circonstances, les sociétés biblique, évangélique et des missions purent tenir encore une fois, la dernière pour bien des années, paisiblement et publiquement leurs réunions dans un temple national2. Un grand nombre de délégués étaient accourus de France, de Genève, de
Berne, de Baie, pour témoigner aux pasteurs et aux chrétiens vaudois la part que prenaient leurs églises à leurs difficultés; difficultés qui semblaient devoir s'aggraver rapidement3.
Le jour même où le grand conseil se réunissait en session extraordinaire, le 19 août, et où il allait être de nouveau saisi de la question des ministres^ ces derniers s'assemblaient au nombre de quatre-vingts, à Lausanne, chez leur collègue, M. le pasteur
1 Des troubles auraient pu d'autant plus facilement survenir, que les réunions religieuses coïncidèrent exactement avec la fête civique en l'honneur de la nouvelle constitution.
5 A partir de ce moment, les œuvres de la société évangélique furent plus ou moins en désarroi. Les réunions se tinrent à huis clos, et les rapports 10 et 11 ne parurent ensemble qu'en 1847. En 1848, il n'y eut pas non plus d'assemblée générale, et la société prit fin en 1857, après vingt-deux années d'existence.
3 Le Bulletin religieux a donné un intéressant compte-rendu de ces assemblées. (1845, N° 9, 26 août.)
Scholl. Ils étaient présidés par M. Monnard, devenu, depuis deux mois à peine, premier pasteur de Montreux1. MM. Germond et Baup communiquèrent des projets de réponse à la circulaire du 6 août. Les pasteurs avaient le sentiment du lien de solidarité qui existait entre eux. Ils sentaient le besoin d'être plus que jamais unis et de marcher d'accord au milieu des écueils qui embarrassaient de plus en plus leur route. Peutêtre quelques-uns d'entre eux craignaient-ils que la solidarité ne fût trop accentuée entre ceux qui avaient refusé de lire la proclamation et ceux qui l'avaient lue. Quelques indices sembleraient le faire croire, cependant nous n'oserions pas trop insister sur ce point2.
1 Le conseil d'état avait appelé à la chaire laissée vacante par M. Monnard le seul homme qui pût et qui dût l'occuper, M. le professeur Vinet.
2 D'autre part, il faut signaler le courage avec lequel quelques-uns des pasteurs qui avaient lu la proclamation prirent fait et cause pour leurs frères incriminés. Voici, entre autres, une des déclarations que nous avons entre les mains :
M. LE PRÉSIDENT ET MM. LES MEMBRES DU CONSEIL D'ÉTAT DU CANTON DE VAUD.
Messieurs,
Les soussignés, pasteurs et ministres de l'église nationale, ont cru devoir, par des motifs divers, se conformer à l'invitation que vous leur avez faite de pourvoir à l'exécution de l'arrêté que vous avez pris relativement à votre proclamation du 29 juillet; arrêté en vertu duquel cette proclamation devait être lue en chaire le dimanche 3 août courant.
Ils ont appris qu'un certain nombre de pasteurs se sont refusés à exécuter, pour ce qui les concernait, votre décision, se fondant sur l'art. 12 de la loi du 23 mai 1832. Les soussignés croient devoir vous faire connaître, Messieuvs, qu'ils estiment que le refus des pasteurs en question était entièrement fondé en droit et que, quant à eux, ils s'abstiendront à l'avenir de toute publication en chaire d'actes qui ne seraient pas relatifs à la religion ou à des services religieux et, qu'en général, ils se renfermeront, quant à leur obéissance aux ordres de l'autorité supérieure, dans les limites posées par l'art. 31 de la loi de 1839.
Sylvius Favre, pasteur à Nyon, Rodolph Mestral, pasteur à Crassier, Louis Dubois, pasteur à Gland, Louis Courvoisier, suffragant à Burtigny.
Nyon, ce 15 août 1845.