‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 61 sur 269 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L'instruction du procès intenté aux quarante ministres qui n'avaient pas lu la proclamation se poursuivait sans bruit. Les pasteurs qui n'étaient pas en cause, et qui devaient être juges de leurs frères, ne voulurent rien faire qui pût nuire à leur indépendance ou qui parût préjuger la question. En outre, depuis la proclamation du 29 juillet, un élément nouveau était venu compliquer la situation.

A Lausanne, l'oratoire de Mauborget avait été fermé depuis le 14 février. Les pasteurs et les ministres de l'église nationale résidant au chef-lieu s'étaient proposé de rouvrir ce lieu de culte, le dimanche 6 juillet. Ils communiquèrent leur intention au conseil d'état qui, en leur rappelant sa circulaire du 15 mai, leur fit savoir que si les besoins religieux de la paroisse de Lausanne exigeaient un office public de plus que ceux qui existaient, ils devaient s'adresser à l'autorité compétente, conformément à l'art. 104 de la loi du 14- décembre 1839 l. Il n'est pas probable que les démarches des pasteurs auprès de l'autorité compétente aient eu le succès qu'ils en attendaient. Quoi qu'il en soit, le dimanche 24 août, l'oratoire fut rouvert. Le conseil d'état fit aussitôt comparaître devant le préfet ceux des pasteurs de Lausanne qui avaient pris part au service religieux. Ceux-ci maintinrent leurs droits et les cultes de l'oratoire continuèrent sans être inquiétés.

Mais le conseil d'état ne devait pas laisser passer ainsi ce qu'il lui plaisait de faire envisager comme une infraction à la loi. Donnant à sa circulaire du 15 mai et à la motion Mercier une portée que ces actes ne pouvaient avoir, il comprit dans l'accusation intentée contre les pasteurs qui n'avaient pas lu sa proclamation en chaire les ministres qui avaient officié à l'oratoire, le 30 août et le 1er septembre, savoir MM. Descombaz, Bridel et Scholl. Une double charge s'élevait donc contre ces

1 Gazette de Lausanne, 1845, N° 54, 8 juillet.

derniers, mais s'ils n'avaient rien à attendre des dispositions de l'autorité à leur égard et de sa justice, ils pouvaient du moins compter sur la sympathie d'un grand nombre de leurs paroissiens. Voici en effet la lettre que MM. Bridel et Scholl reçurent à la date du 26 août et qui portait soixante signatures, presque toutes de chefs de famille :

Messieurs et très honorés frères,

Dans les circonstances si sérieuses et si pénibles où se trouvent aujourd'hui nos pasteurs, nous avons pensé que nous ne pouvions pas demeurer témoins passifs et silencieux de leurs combats et de leurs épreuves; qu'animés comme nous le sommes d'une vive sympathie, d'un sincère dévouement pour eux, c'était pour nous un besoin de le leur témoigner.

C'est ce que nous faisons aujourd'hui de tout notre cœur, Messieurs et chers pasteurs, en vous adressant ces lignes.

Nous suivons avec le plus grand intérêt la marche de la lutte dans laquelle vous êtes engagés, et notre église avec vous; l'issue en est entre les mains de Dieu; mais plus vous seriez exposés à souffrir pour l'Evangile et plus nous vous resterions unis; si vous étiez obligés de renoncer à vos fonctions, cette union n'en deviendrait même que plus intime. Veuillez, en attendant, compter sur la communion de nos prières et sur notre désir de vous soutenir de toutes nos forces; nous voulons marcher à côté de vous dans vos épreuves, persuadés qu'elles vous paraîtront moins pénibles quand vous les saurez partagées.

Nous sommes d'ailleurs convaincus que les sentiments que nous vous exprimons sont ceux d'un grand nombre de nos concitoyens qui n'ont pas connaissance de cette lettre.

Nous prions le Seigneur d'être, par son Esprit, votre force, votre soutien et votre guide.

Agréez, Messieurs et très honorés frères, l'assurance de notre parfaite considération.

P. S. Quoique la position de M. le pasteur Monneron soit aujourd'hui différente de la vôtre, nous vous prions de vouloir bien lui faire part de cette lettre et de lui exprimer notre sincère affection *'.

1 Cette lettre était également adressée à M. Espérandieu, pasteur d'Ouchy.

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