‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 62 sur 269 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Des témoignages analogues et aussi précieux furent donnés à beaucoup d'autres pasteurs, et, en particulier, aux trois pasteurs de Vevey, par une portion notable des habitants de cette ville.

Les pasteurs inculpés (ou du moins ceux qui croyaient l'être) pensaient qu'il était nécessaire d'éclairer l'opinion publique, puisqu'on leur faisait attendre une occasion de se défendre conformément aux lois. L'accusation qu'on dirigeait contre eux se présentait sous deux faces : celle du droit et celle de la conscience. Inhabiles à traiter le point de vue légal, les pasteurs s'adressèrent à quelques jurisconsultes qui les autorisèrent à publier le résultat de leurs délibérations. Quant à la question du devoir, ils l'exposèrent eux-mêmes dans une adresse qui parut dans la seconde semaine de septembre.

Dans cette pièce, digne et ferme autant que mesurée, les pasteurs se plaignent de ce que l'autorité supérieure, sans attendre le jugement des tribunaux institués par la loi pour jûger les affaires ecclésiastiques, a porté le débat devant l'opinion publique et les a signalés d'avance à toutes les paroisses comme coupables de révolte. Toutefois, s'il ne s'agissait que d'eux ils se tairaient, mais il s'agit du saint ministère qui leur a été confié, et qui serait déconsidéré dans leurs personnes, si l'accusation de rébellion était reconnue fondée; il s'agit aussi de l'influence chrétienne que, par ce ministère, ils sont appelés à exercer sur les paroisses. Or, en refusant de lire la proclamation, les pasteurs n'ont fait que ce qu'ils avaient le droit de faire, et ce qu'il était de leur devoir de faire. Et ici les pasteurs citent à l'appui de leur droit la loi de 1839 (art. 30...) et celle de 1832 (art. 5 et 6, 10 et 12), laquelle, en particulier, interdit la lecture en chaire d'actes purement politiques, comme la

proclamation. Ne pas lire cette proclamation, c'était le devoir des pasteurs, soit qu'on les envisageât comme citoyens, soit qu'on vît en eux leur caractère ecclésiastique. Comme citoyens, en désobéissant au conseil d'état ils ont obéi à la loi et ils ont estimé que la volonté de la nation était plus haute que celle du conseil d'état. Comme pasteurs, ce refus était pour eux un devoir impérieux. Ici, nous citons les propres paroles des quarante :

Nous ne sommes pas et nous ne voulons pas être des hommes de parti. Des personnes de toutes les opinions appartiennent à nos paroisses, et doivent pouvoir recourir à notre ministère; et l'Evangile, qui est audessus de tous les partis, tend, nous le savons bien, à les concilier tous et à les fondre dans la charité. Aussi nous devions, autant qu'il était en nous, conserver la chaire évangélique pure et libre, comme elle l'était depuis treize ans, de discussions étrangères à l'édification qu'on vient chercher au pied de cette chaire. Nous devions, autant qu'il était en nous, ménager à nos troupeaux et aux membres de nos troupeaux, à quelque parti politique qu'ils appartinssent, une retraite au seuil de laquelle vînt expirer la vague des orages politiques. Nous devions, autant qu'il était en nous, nous opposer à ce qu'on entendît dans le sanctuaire d'autre voix que celle de Dieu parlant aux âmes de leur salut et de leur sanctification dans l'Evangile de sa gloire, ou le cri de vos prières s'élevant vers le trône de la grâce.

Nous avons fait, pour cela, tout ce qui était en nous. Si nous n'avons pas réussi, nous avons pour nous, du moins, le sentiment d'avoir rempli un devoir sacré.

Ainsi, chers concitoyens, nous avons été dans notre droit, car nous avions la loi pour nous; nous avons en outre accompli notre devoir comme ministres de Dieu, en revendiquant la liberté et la pureté du culte.

Le pouvoir en a jugé autrement. Il nous qualifie de rebelles. Que le pays et surtout le Seigneur juge sur ce point entre nous.

Après cela, les pasteurs repoussent vivement la qualification que l'état leur donne & ennemis de l'église nationale. Cette église, ils ont vécu pour elle, ils l'aiment, ils veulent la servir. Seulement, réserve pleine de fidélité, ils ajoutent :

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