CHAPITRE VI
espérait n'être plus éloigné, et quelle qu'en fût l'issue, il cesserait ses fonctions de pasteur de la paroisse de Vufflens-la-ville et résignerait sa charge entre les mains de l'autorité. « Il ne pouvait, disait-il, soumettre l'autorité de Dieu à celle du gouvernement terrestre. » Il avait raison en principe, mais il se trompait en prétendant que la loi de 1839 n'avait pas autorisé le pouvoir politique à soutenir de telles énormités. Cette loi l'y autorisait pleinement.
La démarche de M. Vulliet, si franche, si courageuse, si digne par l'abnégation de soi-même qu'elle révélait chez son auteur, n'en fut pas moins regardée comme prématurée. On l'a même qualifiée de maladroite Si M. Vulliet avait voulu être habile, il ne l'aurait probablement pas faite, mais il avait hâte de voir le procès se terminer, et, autant qu'il était en lui, il contribua en effet à en précipiter la solution \ M. Vulliet, qui avait autrefois pétitionné contre la loi de 4839, en se plaçant maintenant sous l'égide de cette loi, montra au conseil d'état quel usage il pouvait en faire dans l'intérêt de sa propre cause. Le procès Intenté aux pasteurs inculpés reprit donc son cours et le conseil d'état persista à les accuser d'insubordination déclarée.
Depuis le jour où les ministres inculpés avaient été déférés pour enquête à la commission ecclésiastique, jusqu'à celui où les classes furent appelées à les juger, les mesures adminis-
1 M. Jottrand, dans son écrit : De la question religieuse, pag. 96.
2 M. Vulliet n'attendit pas le 12 novembre pour donner sa démission de pasteur de la paroisse de Vufflens-la-ville. Il le fit le 30 septembre déjà, par lettre au conseil d'état. La correspondance qu'il soutint à ce propos soit avec le conseil d'état, soit avec la commission ecclésiastique, forme une curieuse page de l'histoire du conflit entre le gouvernement et le clergé vaudois. (Voy. Correspondance d'un pasteur démissionnaire avec le conseil d'état et la commission ecclésiastique. Lausanne 1845. 16 pag. in-8.)
13i LIVRE XIII.
tratives que prit le conseil d'état à 1 égard de l'église ou du clergé trahirent le même esprit de despotisme et d'arbitraire. C'est ainsi qu'à la date du 8 octobre, le conseil d'état adressa aux classes une circulaire par laquelle, ôtant aux pasteurs un droit dont ils avaient joui jusqu'ici, sous leur propre responsabilité, il leur défendait de se faire remplacer par des personnes qui ne seraient pas membres du clergé vaudois. En se servant de cette étrange expression de personnes pour désigner des ministres de l'Evangile qui, ayant donné leur démission, continuaient à faire partie de l'église nationale, le conseil d'état entendait-il leur refuser le titre de ministres de Jésus-Christ? Cela paraissait évident et la suite des événements devait confirmer cette prévision. Lorsque les classes durent prendre officiellement connaissance de la circulaire du 8, elles comprirent fort bien la portée de cette défense, qui ne tendait à rien moins qu'à rompre la communion extérieure de l'église vaudoise avec toutes les autres églises évangéliques.
Personne, du reste, ne s'y trompa. Il était hors de doute que le gouvernement n'avait pas oublié les deux discours de M. Vinet sur les complices de la crucifixion du Sauveur, et qu'il voulait faire expier à leur auteur la sainte hardiesse de sa parole en lui fermant les chaires des temples nationaux. Aussi le Courrier suisse pouvait-il, sans crainte d'être démenti par le Nouvelliste vaudois, insérer dans ses colonnes celte simple et légitime protestation : « L'éloquence de la chaire compte peu de grands orateurs. Peu de pays peuvent s'honorer d'en avoir vu naître; cependant le canton de Vaud a ce privilège. Il a donné le jour à l'homme qu'on regarde assez généralement comme celui qui, dans ce siècle, occupe le premier rang dans la chaire chrétienne. Les cités les plus illustres seraient heureuses de posséder M. Vinet. Les premiers centres de la civilisation s'en feraient une gloire. Que fait le canton de Vaud? Il lui interdit ses chaires.... Il nous reste de pouvoir entendre M. Vinet dans les