‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 68 sur 269 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

oratoires, jusqu'à ce que les oratoires lui soient aussi fermés. Son ton est d'avoir, sur les rapports de l'église et de l'état, des principes que le président du conseil d'état a, dans plus d'une occasion, proclamés comme ceux qu'il partage, sinon comme ceux qu'il suit. Ces principes ne sont pas les nôtres; mais pour être plus attachés au principe national que M. Druey, nous ne porterions jamais le zèle jusqu'à interdire les prédications dans nos temples à l'homme en qui notre église voit son plus bel ornement \ »

A mesure qu'approchait le moment où le conseil d'état aurait besoin de s'appuyer sur les principes énoncés dans ses circulaires, comme sur des doctrines positives et incontestables, nous le voyons multiplier ses mesures arbitraires et vexatoires vis-à-vis des pasteurs.

A la date du 17 octobre, le premier pasteur de Moudon, M. Bauty, recevait du préfet du district la lettre suivante :

Monsieur,

Je suis chargé par le conseil d'état de vous faire savoir que sa circulaire du 15 mai est obligatoire pour vous, soit parce que votre position de pasteur de l'église nationale est incompatible avec votre participation à des réunions au dehors de cette église, soit par les décisions que le grand conseil a prises en adoptant la proposition Mercier et en écartant la pétition de Payerne, contre la circulaire du 15 mai 1845.

Vous êtes en outre prévenu que, si vous prenez part à des assemblées religieuses à l'oratoire ou en dehors de l'église nationale, vous serez déféré aux classes comme prévenu des actes réprimés par les §§ 129, lettre b et 130 de la loi ecclésiastique.

Vous voudrez bien donner communication de la présente à M. Cérésole.

Recevez, etc.

Joly, préfet.

1 Courrier suisse, 1845, N° 83, 17 octobre. L'auteur de l'article se cachait sous le voile transparent de deux initiales que la génération actuelle connaît encore fort bien, L. V.

Le lendemain, les pasteurs dé Moudon répondaient en ces termes à M. le préfet :

Monsieur le préfet,

En vous accusant réception de votre lettre du 17 octobre, nous avons l'honneur de vous annoncer, quant à la circulaire du 15 mai, que nous nous en référons à la réponse que nous y avons faite avec une quarantaine de pasteurs. Pour ce qui concerne la motion Mercier, nous en appelons également au mémoire de l'assemblée des pasteurs du 26 mai dont nous sommes signataires et qui a été adressé au grand conseil. Veuillez encore observer, monsieur le préfet, qu'une motion ne pouvant dans aucun cas être envisagée comme loi, celle de M. Mercier ne change en rien notre position. Si donc, pour ne fournir aucun prétexte au retour du désordre et cédant à la force, nous nous abstenons momentanément de présider les réunions religieuses de l'oratoire, nous déclarons d'ailleurs maintenir dans son intégrité notre droit de prêcher la Parole et d'insister en temps et hors de temps, tel qu'il est imposé aux ministres de l'Evangile (2 Tim. IV, 2) et comme nous l'avons promis en recevant l'imposition des mains.

Agréez, etc. Bauty, pasteur, Cérésole, pasteur.

Cette réponse était concluante.

Après de longues semaines d'attente, les classes qui devaient juger les pasteurs furent enfin convoquées. Le 9 octobre, la commission ecclésiastique, présidée par le conseiller d'état H. Fischer, invitait les doyens des quatre classes à assembler ces dernières le mercredi 22 du même mois. La classe de Lausanne et Vevey, dont le doyen était M. Ch. Dapples et le secrétaire M. Espérandieu, était appelée à prononcer, aux termes de l'art. 145 de la loi ecclésiastique, sur une double dénonciation faite par le conseil d'état lui-même : 4° contre vingt-un pasteurs et ministres qui n'avaient pas lu la proclamation, et 2° contre

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