‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 69 sur 269 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

les pasteurs Bridel, Scholl et Descombaz qui avaient fonctionné à l'oratoire de Lausanne. Dans la classe d'Orbe, treize ecclésiastiques se trouvaient également dénoncés par le conseil d'état; dans la classe de Morges, il y en avait huit, et dans celle de Payerne, six; en tout, par conséquent, quarante-huit1.

Dans le désir et dans la nécessité de s'entendre pour une action commune et afin de se préparer à tout événement, trois pasteurs, tous trois inculpés, MM. L. Germond, A. Bauty et Espérandieu, adressèrent, en date du 17 octobre, à leurs collègues incriminés comme eux, la convocation suivante :

Monsieur et très cher frère,

Vous êtes prié de vous réunir à ceux de vos frères qui sont actuellement mis en jugement devant les classes, à Echallens, à la cure, mardi prochain 21 octobre, à dix heures du matin, pour discuter les résolutions que nous voulons prendre dans le cas où, absous par les classes, nous serions frappés par le conseil d'état. Une commission composée de MM. Leresche, professeur, Bauty, Germond et Espérandieu, a discuté un projet de M. le professeur Leresche, qui sera soumis à l'assemblée.

La réunion d'Echallens eut effectivement lieu; une vingtaine des pasteurs convoqués s'y rencontrèrent sous la présidence de M. Monnard, dont l'intervention, si nous en croyons un des témoins oculaires, aurait, par des considérations trop doctrinaires, un peu entravé la marche des discussions. En revanche, le vieux professeur Leresche parla fort bien. Il fut convenu qu'on donnerait sa démission quelle que fût la peine infligée aux pasteurs qui n'avaient pas lu la proclamation, ou aux pasteurs de Lausanne qui avaient rouvert l'oratoire. On y arrêta, en outre, dès que la décision supérieure serait intervenue, une réunion générale du clergé à Lausanne pour aviser de concert aux mesures à prendre.

1 Le chiffre des pasteurs incriminés varia à diverses reprises : il fut définitivement fixé la veille du 22 octobre.

Au jour fixé, la classe de Lausanne, après avoir entendu une excellente prédication de M. le pasteur Bridel sur Col. I, 28, se réunit au musée Arlaud, sous la présidence de M. le doyen Dapples, dePully. Les accusés s'étant retirés et le doyen, qui se trouvait dans leur nombre, ayant été remplacé au fauteuil de la présidence par M. le pasteur Miéville1, la classe prit connaissance des diverses catégories établies dans l'acte d'accusation. La première comprenait les pasteurs et les suffragants qui s'étaient opposés à la lecture de la proclamation; la seconde, ceux qui avaient refusé de lire; la troisième, ceux qui s'étaient contentés de donner une analyse de la proclamation.

Les accusés étant rentrés et ayant entendu la lecture de toutes les pièces à charge et à décharge, l'un d'eux, M. le professeur Monnard, prit la parole en leur nom.

L'orateur commença par déclarer que les accusés, en se défendant de n'avoir pas obtempéré à l'invitation du conseil d'état, ne jetaient aucun blâme sur ceux de leurs frères qui s'y étaient conformés. « Notre cause, dit-il, ne peut se séparer de la leur; la position que l'état fait à l'église domine toutes les questions particulières et réunit dans un même intérêt tous les membres de notre église nationale. » L'état sans doute peut donner des directions, même des ordres, mais dans la limite des lois et règlements. Les pasteurs peuvent donner leur concours à l'autorité, mais non dans les choses qui sont directement opposées à la loi, comme l'était la proclamation du 3 août, dont les deux points essentiels, fondamentaux, étaient exclusivement politiques. Ainsi le fait capital dont les pasteurs étaient accusés, c'était d'avoir refusé de lire ou de faire lire une proclamation politique. Le délit consistait donc dans le respect pour la loi.

4 Les membres les plus influents de la classe regrettaient vivement l'absence de M. le professeur Chappuis, qui, en sa qualité de vice-président, aurait occupé le fauteuil. Mais M. Chappuis se trouvait alors en France, d'où il ne put revenir assez tôt pour assister aux débats de la classe.

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