‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 71 sur 269 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

dait par là même à détourner les pensées des grands objets qui devaient alors les occuper;

Considérant que la loi détermine ceux qui ont le droit de monter dans les chaires de nos églises aux heures du culte public et que les pasteurs sont tout naturellement chargés de veiller à l'ordre du culte;

Considérant que les accusés ont voulu maintenir la dignité, la spiritualité et la paix du culte chrétien, en refusant de mêler au service divin des matières d'un ordre essentiellement politique, et qui peuvent exciter les passions;

Par ces motifs, la classe, à l'unanimité, déclare tous les accusés complètement innocents et prononce leur libération.

Le jeudi 23, la classe se réunit de nouveau, sous la présidence de son doyen M. Dappîes, pour juger les pasteurs Bridel, Scholl et Descombaz, accusés par le conseil d'état d'insubordination déclarée, et d'avoir tenu une conduite qui n'était pas en harmonie avec leur caractère de pasteurs de l'église nationale, c'est-à-dire d'avoir prêché a l'oratoire.

M. le pasteur Bridel avait été chargé par ses deux coaccusés de présenter leur défense commune. Il conclut en demandant à la classe de déclarer qu'ils n'avaient pas agi d'une manière contraire au caractère dont ils étaient revêtus, et de ne porter aucun jugement qui pût compromettre la liberté de l'église et la liberté religieuse. M. le pasteur Scholl se déclara satisfait de la défense présentée par son collègue, et M. le pasteur Descombaz ajouta quelques mots essentiellement destinés à plaider la cause des oratoires.

Les accusés étant sortis, la classe, après discussion, déclara à Y unanimité que les accusés étaient complètement innocents et elle prononça leur entière libération.

Les considérants des deux jugements établissaient donc, en principe, que la classe repoussait les circulaires du conseil d'état qui n'étaient pas fondées sur des lois. La circulaire du 8 octobre, interdisant la chaire aux pasteurs et ministres démissionnaires, était ainsi regardée comme n'obligeant point les pasteurs.

Ce principe une fois établi, la classe ne crut pas devoir s'occuper d'une façon plus particulière de cette dernière circulaire1.

La classe de Morges et Nyon, assemblée à Rolle, après avoir entendu les inculpés dans leurs moyens de défense, par la lecture des lettres que chacun d'eux avait adressées à la commission ecclésiastique et par ce qu'ils y ajoutèrent de vive voix, libéra également sur les deux chefs d'accusation les dix pasteurs incriminés. Toutefois cette décision ne fut pas prise à l'unanimité. Sur les trente ecclésiastiques formant la classe, deux pasteurs firent minorité; c'étaient MM. Meylan, de Perroy, et Jules Chatelanat, de Longirod.

La classe crut devoir accompagner son verdict de quelques représentations au conseil d'état. A ses yeux, les principes énoncés dans la circulaire du 6 août étaient entièrement contraires aux bases sur lesquelles repose l'existence d'une église réformée. Cette circulaire prétendait consacrer la doctrine de l'obéissance passive de la part des ministres; doctrine que les protestants de tous les siècles avaient combattue. Les restrictions que la circulaire du 15 mai, relative aux oratoires, faisait pressentir comme devant être apportées à la liberté des réunions d'édification en dehors du culte officiel, auraient pour effet de changer la nature du ministère évangélique et de le placer, dans l'opinion, d'une manière qui paralyserait infailliblement son action. C'était contraire au texte et à l'esprit de la loi, à la nature du ministère évangélique et aux intérêts de l'église.

La classe témoignait de l'impression pénible qu'elle avait

1 Conf. Bulletin religieux, 1845, N° 11, 1er novembre; — Actes de la classe de Lausanne et Vevey, 22 et 23 octobre; — Jugement des quatre classes dans le Précis de M. Baup, pag. 138-142, pag. 274-281.

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