CHAPITRE VH
nue conformément aux lois rendues par les pouvoirs de l'état qui sont en même temps les autorités supérieures DE L'ÉGLISE. )) (!!!)
Rien de plus simple, rien de plus décisif. « L'église nationale du canton de Vaud devait se résigner à n'être qu'une église politique, et ses ministres de simples fonctionnaires de l'état. Il n'y avait pas d'appel possible de la sentence; car c'était le pouvoir politique, juge institué dans l'église sur l'église même, et jusque-là accepté par elle, en vertu de la loi de 1839, qui avait prononcé cette sentence *. » Position fausse, position intenable, et dont il fallait sortir à tout prix. Si le clergé avait en le tort, en 1839, de se placer, ou de se laisser placer dans cette position, il devait, fût-ce même au prix d'une inconséquence qui lui serait vivement reprochée et qui serait lâchement invoquée contre lui devant le peuple du pays, rompre avec un état de choses qui compromettait son caractère, entravait son œuvre et rivait de plus en plus les chaînes qui liaient l'église à l'état. C'est bien ainsi que, dans sa haute raison, Yinet en jugeait : « Le gouvernement, disait-il, ne peut ni ne veut supprimer l'église; il lui convient mieux de la conserver, mais soumise et complaisante. Il ne lui reconnaît déjà plus une existence propre; elle n'est plus, pour lui, distincte de l'état; elle en est une forme, une manifestation; elle est le réceptacle et la mesure en même temps de tout ce qu'il lui convient d'entretenir ou de tolérer en fait de sentiments et d'habitudes religieuses. » Mais les ministres vaudois seront-ils les plus forts dans la lutte engagée? « La constitution qu'ils ont acceptée, il y a six ans, les isole au milieu du peuple, et ils s'aperçoivent aujourd'hui de cet isolement, que tant de faits plus anciens auraient dû leur rendre sensible. Mais ils ne seront pas isolés s'ils sont fidèles; leur fidélité fera appel à une église véritable dispersée
Jottrand, De la question religieuse dans le canton de Vaud, pag. 103.
dans l'église nationale, et plus nombreuse qu'on ne pense. Cette église, nullement dissidente, est tout près d'éclore; et dans un sens, ce sera peut-être une église nationale ; mais, en tout cas, ce sera une église. »
Voilà ce queVinet entrevoyait dans un avenir qui ne pouvait être fort éloigné. « Les fruits empoisonnés que les pasteurs recueillaient en ce moment, étaient nés sur ce même arbre dont tout à l'heure encore ils adoraient l'ombrage1. » Mais le jour allait luire où ils s'éloigneraient de cet ombrage trompeur.
Le dimanche 9 novembre, les pasteurs suspendus, et un grand nombre d'autres, firent leurs adieux à leurs paroisses dans des temples remplis d'auditeurs émus et recueillis. Tel fut le cas par exemple des pasteurs Bauly et Cérésole, à Moudon, Germond, à Echallens, Alex. Chavannes, à Ollon, Dapples, à Pully, Descombaz, aux Croisettes, Th. Carrard, à Eclépens, etc. Que d'accents intimes, que de paroles solennelles! A Lausanne, M. Scholl devait prêcher à Saint-Laurent. Avant dix heures, le temple était comble! les galeries, les issues, les passages étaient encombrés de chaises. Le public connaissait la gravité de la position du pasteur qui allait parler. Affrontant en quelque sorte la douleur générale, MM. les conseillers d'état Druey et Delarageaz, serrés dans les couloirs, traversèrent le temple jusqu'au fond pour réclamer leurs places. A leur vue, l'émotion fut grande! Ils purent reconnaître du moins que la simple curiosité n'avait pas convoqué cette foule, et que l'éloquence de l'acte était pour bien plus, dans l'ébranlement général, que l'éloquence des paroles, éloquentes d'ailleurs par leur simpli-
1 Le Semeur, 18i5, N° 46, 12 novembre. (Voy. aussi Liberté religieuse, pag. 437.)