CHAPITRE VII
cité même. Les conseillers d'état arrivèrent-ils jusqu'à leurs places? Que s'y passa-t-il? On les vit bientôt revenir péniblement sur leurs pas et monter aux galeries.
M. Scholl gravit les escaliers de la chaire ; il lit avec le plus grand calme la liturgie, et attend, pour commencer, que le bruit des portes et des couloirs se soit apaisé. Il prononce son texte : « Les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. » (Math. XVI, 18). « Il s'agit de l'église, de l'église universelle, indépendante des lieux, indépendante de telle ou telle constitution; il s'agit de tous ceux qui professent franchement le salut gratuit qui est par le Christ. Contre elle s'élève Satan avec sa puissance, sa ruse, son habileté, ses séductions du dedans et du dehors. Mais l'église ne tombera pas, parce que Dieu l'a promis, qu'il ne peut mentir, que cette église lui a coûté encore plus que la création, puisqu'elle lui a coûté son Fils. L'église triomphera. Puisque Dieu veut qu'elle vive, qu'importe qui veut qu'elle meure! Les siècles l'ont prouvé.
» Maintenant, pour ce qui me concerne, continue M. Scholl, je vous fais mes adieux puisque j'ai été condamné pour avoir tenu des réunions à l'oratoire, aù je compte en tenir aujourd'hui et les dimanches suivants, s'il plaît à Dieu, parce que je crois que c'est la volonté de Dieu, laquelle seule je veux suivre lorsque la volonté de l'homme veut se substituer à celle de Dieu. Adieu 1 II est triste de se quitterl Pardonnez-moi mes manquements, mes faiblesses ; comptez encore sur moi pour vos enfants, pour vos vieillards *. »
Tout cela était dit avec calme, d'un ton parfaitement simple. Les paroles du prédicateur tiraient leur valeur de la situation même et de la multitude des assistants. Jamais on n'avait entendu sous cette voûte rien de si touchant; jamais on n'avait vu une assemblée qui parût aussi désireuse de presser son pas-
1 M. Scholl fit imprimer son sermon sous ce titre : les Adieux d'un pasteur à sa paroisse. (Lausanne, 1845, G. Bridel. 12 pag.)
tenr sur son cœur. Il semblait à plusieurs qu'on dût répondre à cet adieu î qu'on dût s'approcher du pasteur, et, tout au moins, lui serrer la main î Rien ne se fit, et cependant, combien qui pleuraient en silence! combien même d'hommes qui étouffaient leurs sanglots! Oh! si ces paroles graves, sérieuses, solennelles avaient pu retentir dans le cœur de tous les Vaudois!
A Ouchy, M. Espérandieu, très ému dès l'abord, communiqua sans peine son émotion à ses auditeurs. Son sermon fut un récit éloquent et touchant. De son côté, M. Bridel profita de la prière de l'après-midi de ce jour pour faire, lui aussi, ses adieux à son troupeau.
Au reste, les paroles impressives qui se firent entendre, ce dimanche-là, du haut des chaires d'un grand nombre de temples, ne devaient être que le prélude d'un adieu plus général, plus solennel; de l'adieu d'un clergé presque tout entier, non à l'église de Jésus-Christ dans le canton de Vaud, mais à l'établissement que le pouvoir civil réduisait à n'être plus qu'une dépendance de l'état.
Déjà le 7 novembre, la commission nommée par la dernière assemblée générale des pasteurs et ministres de l'église nationale invitait le clergé tout entier à se réunir le mardi 44, à 40 heures du matin, à l'hôtel de ville de Lausanne, dans la salle du conseil communal. « Notre église, disait la circulaire de convocation, est menacée d'une dissolution. Une assemblée générale, et aussi complète que possible, peut prévenir sa ruine. Vous trouverez sans doute naturel de vous entretenir de cette position critique avec les principaux membres de votre paroisse et des communes qui la composent, afin de nous apporter leurs avis et leurs vœux. »