‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 8 sur 269 · CHAPITRE l · texte numérisé non relu

CHAPITRE l

Lausanne, le 26 mars 1845.

Le président du conseil d'état du canton de Vaud au préfet du district de lausanne.

Monsieur,

En vous remerciant des détails renfermés dans la lettre que vous avez adressée au conseil d'état, le 26 courant, pour l'informer des mesures que vous avez prises dans le but de réprimer les désordres auxquels se livrent des individus en violant le domicile de quelques personnes, je vous préviens, monsieur, que le conseil d'état vous autorise à continuer des mesures de surveillance actives au moyen de la gendarmerie et de la police de Lausanne.

Le conseil d'état compte sur votre expérience, monsieur, pour allier la prudence avec la fermeté, afin d'éviter tout prétexte à l'irritation....

Agréez, etc.

Le vice-président, L. Blanchenay.

Sur ces entrefaites, une circonstance d'une gravité particulière vint contribuer à éclairer d'un jour moins douteux la ligne de conduite que le gouvernement comptait suivre à l'égard de la liberté des cultes.

Les faits que nous venons de rappeler, quoique bien propres à affliger à la fois le chrétien et le patriote, n'étaient rien cependant en comparaison des scènes de sauvagerie dont un petit village du district de Lavaux allait devenir le théâtre.

Entre Lutry et Gully, un peu au-dessus de Villette, et tout à côté de Grandvaux, vers l'ouest, au milieu de cette contrée de vignoble, se cache, dans un pli du terrain, sous de beaux noyers, un hameau de quelques maisons seulement, semées dans un charmant verger, c'est Iran. Là vivait une famille de cultivateurs pieux, membres de la congrégation des frères de

Plymouth. Le chef de cette famille, Jean-Louis Parisod, avait, depuis assez longtemps, ouvert sa maison à des réunions religieuses, le dimanche soir. 11 est probable que, par un effet de la destruction soudaine des oratoires de Lutry et deCully, ces réunions, que la révolution n'avait point interrompues, étaient fréquentées par un nombre croissant d'auditeurs.

Le samedi soir, 5 avril, le préfet du district de Lavaux fit informer par un gendarme les Parisod qu'il y avait de fâcheux projets contre leurs assemblées pour le lendemain. La mère Parisod ayant demandé au gendarme si monsieur le préfet les invitait peut-être à suspendre leurs réunions, le gendarme répondit : « Ohl non, tout le contraire, mais il vous avertit afin que vous vous teniez sur vos gardes. » Après quoi, le gendarme ajouta quelques mots rassurants.

Le lendemain, les Parisod eurent leurs assemblées religieuses le matin et l'après-midi, comme de coutume, et très paisiblement.

Le soir, ils causaient en famille, avec deux neveux et une nièce G., plus un ami de Grandvaux, qui avaient passé la veillée à s'entretenir avec eux, lorsque, vers huit heures et demie, ils furent effrayés par un bruit considérable dans la cuisine et dans la salle à manger. Au bout d'un quart d'heure, tout était mis en pièces et l'appartement rempli de débris et d'une grande quantité de projectiles de toute espèce, parmi lesquels se trouvaient des pierres d'un poids énorme. Tables, batterie de cuisine, chaises, fauteuil, pendule, contrevents, tout avait été brisé par une bande de gens de Grandvaux, qui se retirèrent ensuite.

Environ cinq minutes après arrive une seconde bande d'Aran. Parisod sort pour la prier de se retirer. Cette fois, les voies de fait s'exercent contre les personnes. Parisod père est roué de coups, son fils Samuel, aussi père de famille, est frappé, terrassé, traîné hors de la maison, foulé aux pieds. Sa jeune femme enceinte est frappée, terrassée et traînée. La cadette des filles

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