‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 80 sur 269 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

si pleine de charité, avec tant de tact pour convaincre, pour ne laisser aucune objection en arrière, qu'on pouvait augurer qu'il entraînerait l'assemblée dans la voie de la temporisation. Il proposait d'en appeler au grand conseil, et de lui poser trois questions catégoriques sur la liberté religieuse que les lois devaient sanctionner, sur la liberté du ministère évangélique qui devait être reconnue, sur lJ indépendance spirituelle de V église nationale du canton de Vand qui devait être accordée. C'était une démission, mais conditionnelle. Elle avait bien des chances pour elle. En outre, M. Baup était un des rares esprits organisateurs qui se trouvassent dans l'assemblée. Mais le discours de M. Vallotton combat l'impression produite par la motion de M. Baup. M. Cérésole, père de six fils, parle dans le même sens; d'autres encore. A la vérité, plusieurs ministres, convaincus qu'il y a quelque chose à faire, hésitent en présence d'une démission en masse qui pourrait troubler le pays. A chaque discours dans ce sens, la partie vacillante de l'assemblée se redresse : mais bientôt elle se sent écrasée par la puissance des raisons invoquées le matin et elle ne trouve point d'arguments à leur opposer. M. Scholl arrive avec des passages pour calmer les uns et les autres, et pour supplier chacun de parler selon sa conviction, de ne pas agir par entraînement humain. M. Rodolphe Mellet, qui remplit le rôle de modérateur, exhorte aussi à la franchise et trouve qu'on n'a pas assez prié, et il termine lui même par une prière ardente pour son cher conseil d'état et son cher grand conseil. Toutefois, le lendemain, il exprimera aussi l'opinion que l'état et l'église doivent être unis pour vivre ensemble, et non pour que l'un tue l'autre.

M. Ant. Curchod n'est pas pour qu'on agisse. Au premier son de sa voix, car de sa bouche ce sont moins des paroles que des sons qui sortent, on prévoit la conclusion à laquelle il arrivera. Il attaque le système de la séparation du civil et du religieux vers lequel on semble marcher, et il se réserve de voir plus

tard ce qu'il y aura à faire. M. Curchod ouvre la voie à M. L. Curiat qui résiste de tout îe poids de son individualité. « La position que le conseil d'état nous fait n'est pas tellement intenable. Nous allons tuer l'église nationale. Quand les cloches sonneront, que diront les paroissiens de ne trouver personne pour leur prêcher? Craignez la guerre civile; n'en assumez pas la responsabilité. Paul ne dit-il pas qu'il faut souffrir toute espèce d'opprobre. » De même que son frère, mais avec plus de modération et avec humilité, M. Antoine Curtat oppose son sentiment à la détermination qu'on semble vouloir prendre. Il a pour l'église nationale la tendresse de M. Chavannes, du Mont; il ne la voit point opprimée; la liberté actuelle lui suffit; il voit le peuple abandonné, les pauvres, les misérables, surtout ceux qui n'aiment pas les pasteurs; il voit la guerre ensanglanter la patrie. Le professeur Dnfournet a, lui aussi, peur des conséquences; il désire une dernière mesure de prudence; la vérité n'est pas compromise. Christ et les apôtres n'allaient-ils pas dans les synagogues des Juifs ? Saint Paul en appelait à Néron, nous pouvons bien en appeler au grand conseil. M. Simonin, gesticulant des mains et parlant haut, s'effraie de l'entraînement de l'assemblée. A-t-on bien réfléchi? On n'avait pas même un ordre du jour en entrant ici! Ei l'on voudrait, simplement après des flots d'éloquence, se déterminer à une démission générale 1 « Je n'ai jamais été gêné dans l'exercice de mon ministère. Il y a vingt ans, quand je demandais qu'on adressât une pétition au grand conseil en faveur de la liberté religieuse, vous n'étiez pas tous pour moi. On a parlé de larmes, ces larmes coulaientelles bien sur l'église nationale qu'on se prépare à détruire!! »

En entendant M. Simonin, plusieurs craignaient, car ils sentaient qu'il y avait une fraction considérable de l'assemblée qui recommençait à vaciller.

Dans le nombre de ceux qui hésitent encore, se trouve M. Pache, récemment nommé pasteur à Lausanne. Qu'il est ha-

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