‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 81 sur 269 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

bile! Le visage rayonnant, il parle avec vivacité. Il comprend qu'il faut faire quelque chose. Mais lui-même est dans une position difficile, puisqu'il quitte une paroisse qu'il aime (Nyon), et où il vient d'avoir, hier encore, une réunion d'adieux, pour une paroisse où il vient remplacer des hommes excellents, pour une paroisse qu'il ne connaît pas. M. Pache tient sa démission dans sa main, mais il veut qu'on présente encore une protestation au conseil d'état, au grand conseil, qu'on essaie, qu'on ne surprenne pas le peuple, que les pasteurs agissent avec charité.

M. le ministre Pilet, professeur à l'école de théologie de Genève, prend la parole, mais on sent qu'il respire habituellement une autre atmosphère que l'atmosphère vaudoise, où l'on juge de tout d'après certaines traditions. M. Pilet demanderait au grand conseil des garanties pour l'église, et il va même jusqu'à lire une confession de foi fort orthodoxe que tout membre du gouvernement eût dû signer. Illusions d'une belle âme!

Immédiatement après M. Pilet, M. Monnard prend la parole. Direction providentielle! Si M. Monnard n'avait pas donné sa démission de professeur il y a quelques mois, le membre le mieux parlant, mais surtout le plus actif, l'esprit le plus organisateur de l'assemblée, lui eût manqué. Peut-être la démission n'aurait-elle pas été donnée et la motion de M. Ch. Baup l'aurait-elle emporté. On trouvait généralement que M. Monnard, avec le timbre argentin de sa voix, parlait trop comme un rhéteur dont la manière est très préparée et qui s'écoute parler. Mais à celte heure, en l'entendant, on se fait une idée de ce que peut être l'éloquence. D'abord il sait parler longtemps, c'està-dire qu'il a une tête organisée pour répondre avec détails et

d'une manière générale à tout; puis il est prompt, perspicace; il répond à toutes les objections, il a l'esprit plein de rapprochements, le cœur plein de vie, de christianisme et de patriotisme. 11 a sur tous les pasteurs l'expérience des affaires. Il est un des rares hommes, capables de lutter avec Druey. « Nous sommes sous un régime d'asservissement, voulonsnous consentir à y demeurer? On nous propose une adresse au conseil d'état; n'a-t-il pas prouvé qu'il a vu les choses d'assez près? Une adresse au grand conseil? Mais le conseil d'état a jugé dans sa compétence; il est le tribunal en dernier ressort. Aucun grand conseil n'a le droit de casser son jugement, et le nôtre, tel qu'il s'est fait connaître à propos de la motion Mercier, à propos du mémoire des pasteurs, confirmerait le jugement. Le peuple, après ce préavis, dirait : Mes délégués ont jugé cette affaire ; et, dans chaque commune, chaque grand conseiller deviendrait contre le pasteur un champion influent. Continuer ses fonctions sans traitement, ce n'est pas tenable, parce que ce n'est pas légal, parce que le conseil d'état ne pourrait y consentir. Je ne veux pas être esclave salarié, mais j'aime aussi trop peu l'esclavage pour être esclave gratis. Jusqu'ici beaucoup de paroles, beaucoup de brochures, mais point de détermination énergique, point de fait, c'est ce qu'il faut pour réveiller le peuple vaudois. Nous ne quitterons pas l'église, nous y demeurerons. Et voyez, je vous en prie, si ce n'est pas une occasion, une journée que l'Eternel a faite! Le gouvernement est aveuglé, il a commis des inhabiletés, des fautes, qui nous font notre position. Voyez tous ses actes, les uns après les autres; voyez surtout le dernier 1 Le gouvernement eût pu nous servir le même poison sous forme d'admonestation, sous une forme anodine que nous eussions tous acceptée, et, en principe, notre liberté eût été empoisonnée. Mais non, il lui a fallu choisir une peine de telle nature qu'elle nous contraignît tous à l'unanimité. Il nous faut donner notre dé-

Page 1