‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 82 sur 269 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

mission aujourd'hui : nous ne retrouverons pas la position que nous avons; on ne retrouve pas une seconde édition d'enthousiasme religieux. Aujourd'hui ou jamais! Messieurs, au 11 novembre, nos pères, qui étaient des hommes selon Dieu, jurèrent le serment du Grùtli. L'Eternel y mit la main, et de là naquit la confédération helvétique. Ah! si ce 11 novembre pouvait être témoin d'une nouvelle ligue, d'un nouveau serment prêté par tous les pasteurs, pour l'indépendance de l'église nationale du canton de Vaud ! »

Des cris : Aux voix! se font entendre, auxquels répondent d'autres cris : Qu'on ne ferme pas la discussion! Nous protestons !

La discussion continue, mais, après le discours de M. Monnard, il n'y a plus guère que des attaques contre l'idée de la démission. Il est six heures du soir, on n'est pas sorti depuis dix heures du matin; après les dernières manifestations, il est évident que l'assemblée n'est pas d'accord. On se relire avec crainte et tremblement. Humainement parlant, aucun accord ne semble possible, car les uns ont déclaré qu'ils donneraient leur démission, les autres qu'ils ne la donneraient pas.

La séance du mercredi 12 s'ouvre à huit heures et demie, toujours sous la présidence de M. le pasteur Miéville. Le chant d'un psaume avait-il, la veille, occasionné quelque émotion au dehors? En tout cas, la municipalité demande que cet acte ne soit pas répété.

Celte seconde journée sera, plus que la première, une journée de prière et d'humiliation; aussi sera-t-elle couronnée d'un plus grand résultat.

M. Espérandieu, dans un discours qui dure une heure et

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même davantage, consolide, appuie loules les raisons donnée» la veille pour une action décisive, il balaie toutes les objections et semble ne vouloir plus rien laisser à dire après lui. L'orateur est jeune encore; on peut craindre quelque imprudence, mais pas un instant il ne se départ de la charité chrétienne. H a écouté avec attention toutes les objections faites la veille, mais il n'en a point entendu qui répondent aux scrupules de conscience de ceux qui veulent donner leur démission. On a argumenté sur les conséquences et non sur le devoir, sur le principe. M. Espérandieu reprend l'historique des faits; il fait ressortir les points saillants, le système des circulaires.... « Faisons attention : un maître engage un serviteur à certaines conditions; le serviteur s'engage, reçoit le salaire, tout en se promettant à part soi de désobéir dans tel ou tel cas, et c'est ce qui nous arriverait si nous nous engagions à persévérer avec un semblable régime. » Puis, à propos de salaire, M. Espérandieu montre noblement, contre M. Berdez1, qu'un ouvrier est digne de son salaire, qu'il peut le recevoir sans rougir, que, quand il le mérite, il ne doit pas en avoir honte, mais que ce n'est pas là que gît la question. Le devoir avant tout. « On a parlé de pression morale; c'est aussi une pression immorale qu'on a voulu exercer contre nous ; on a voulu nous placer sous le règne de la terreur, nous effrayer des conséquences; mais à qui appartient l'avenir, à Celui qui, s'il peut tirer du bien du mal, peut certes tirer du bien du bien. Je ne vois que deux manières d'agir, la nôtre et celle de ce respectable vieillard du Mont et de M. Baup, d'Yvorne, qui s'écrient : Ma paroisse ! ma paroisse 1 et qui veulent tout souffrir pour leur Sauveur. Oui, c'est chrétien; mais nous, nous croyons que c'est

1 La veille, M. Berdez avait proposé d'abandonner le traitement fait par l'état. Sa proposition n'aboutit pas. M. Berdez parlait avec force, avec autorité, avec une aisance extraordinaire, mais on pouvait lui reprocher un ton trop déclamatoire, trop tragique.

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