‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 83 sur 269 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

souffrir un déshonneur que Christ ne nous autorise pas à souffrir. D'autres intermédiaires, il n'y en a point. Ce serait bien de la politique que nous ferions, quand nous prétendrions mettre en désaccord le grand conseil avec le conseil d'état. On a parlé des apôtres qui allaient dans les synagogues, mais, certes, nous voulons être l'église nationale vaudoise et non point les dissidents. Nous ne voulons pas abandonner nos paroisses; nous ne tuons pas l'église. Quand les pasteurs font leur devoir, c'est le moment où l'église se relève. Ce n'est pas la nuit, c'est l'aurore d'un beau jour qui s'avance. »

Ce discours de M. Espérandieu est un des plus sincèrement chrétiens qui aient été prononcés, un de ceux où l'orateur exprime le mieux la nature de l'acte qu'il veut accomplir pour son propre compte, acte de dévouement, sans espérance dans les hommes, avec confiance en Dieu. C'est dans cette ligne de conduite que les pasteurs deviendront des martyrs, et que leur cause, humainement perdue, sera divinement sauvée.

M. Ch. Baup essaie encore de faire ressortir l'avantage de sa motion de la veille : au cas où l'état ferait des concessions, la démission conditionnelle serait ainsi annulée. Après les développements que M. Baup donne à sa pensée, les uns tremblent, les autres se rabattent en foule sur cette motion comme derrière un dernier retranchement.

Dans la première assemblée, le mardi après-midi, un impositionnaire s'était levé, et, au nom des imposilionnaires et des suffragants, il avait déclaré qu'ils associeraient leur sort à celui des pasteurs. Mais les résistances qui se manifestent après le discours de M. Monnard ébranlent cet impositionnaire, M. Berthoud, de Vallorbes, et le mercredi il se lève de nouveau pour déclarer qu'il ne sortira pas de l'église nationale. Il dit, avec raison, que les pasteurs ne sont pas l'église, qu'ils ne seront pas suivis par l'église dans leur retraite. Toutefois, mieux au fait de la situation, M. Berthoud déclare ensuite qu'il ne se sé-

parera pas de ses frères. Il demande une seule chose, c'est qu'on publie aussitôt le manifeste des pasteurs, afin qu'il puisse le lire, le dimanche suivant, dès la chaire, à ses paroissiens. M. Monnard ressaute sur sa chaise : « Quelle imprudence! c'est par une proclamation que cet incendie s'est embrasé! » M. Vulliet réfute le suffragant de Vallorbes qui serait encore tenté de se joindre à la motion de M.Baup; cependant il préfère l'indépendance de l'église, car ce que l'homme a fait, l'homme peut le défaire. Pourquoi demanderions-nous aux hommes la sanction de principes que Dieu lui-même a posés?

Toutes les raisons données en faveur d'une démission ont saisi M. Vuilleumier, de Chesalles; mais cette démission immédiate lui paraît un fruit de l'orgueil; il voudrait que la démarche des pasteurs portât un reflet de ces vertus que notre Seigneur a surtout fait briller sur la terre.

M. Bipper craint, après ce qu'il y a eu d'énergie et de grandeur dans les discours, une démarche étriquée. Nous luttons aujourd'hui dans la légalité aux yeux du peuple : quand le grand conseil aura transformé en lois les caprices du pouvoir exécutif, aux yeux du peuple nous ne serons plus dans la légalité. Ne pourrions-nous pas présentement planter un jalon et tous dire ensemble : L'église est en danger, et nous sommes décidés à employer tous les moyens nécessaires pour garantir nos libertés. Nous sommes étrangers du reste à toute pensée politique.

Plusieurs orateurs se succèdent; ils penchent du côté de la motion de M. Baup. Celui-ci va devenir le chef de file. On se presse vers un dénouement : les fondements sont posés, il s'agit de se décider.

M. Solomiac parle bien; il est pour les moyens dilatoires; il avoue que l'église ne peut plus marcher avec l'état, mais quant à la démarche présente, — et il louche à un point bien délicat, — « avant que nous donnions notre démission, il faut que

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