CHAPITRE VII
le pays se reconnaisse, que nous nous assurions si nous avons sa confiance. Nous agirions ainsi avec prudence et charité. »
L'objection tirée du fait que l'église est encore plus les paroisses que les pasteurs, présentée déjà plus d'une fois, n'a proprement pas été réfutée. Mais le devoir des pasteurs, dans la circonstance actuelle, devait-il se compliquer de celte question? M. Vallotton, qui avait reconnu l'apathie religieuse du peuple vaudois, et qui avait dit : Il faut lui donner une conscience chrétienne, n'avait-il pas répondu d'avance à cette objection?
Près de trente suffragants et ministres impositionnaires se sont engagés à ne point remplacer les pasteurs dans les postes qu'ils laisseraient vacants.
M. de la Harpe est membre du grand conseil ; il supplie l'assemblée de ne pas s'adresser à cette autorité. Il tient à une démission prompte, et pour lui il sait bien que c'est devant Dieu qu'il la donne. Il consentira à retarder cette démission d'un mois, de six semaines, mais pas au delà. M. de la Harpe parle avec calme, avec autorité ; la conviction nourrit ses paroles auxquelles sa position donne un grand poids; aussi, dès lors, en sera-t-il tenu compte.
Un membre demande une prière. Celle que prononce M. Pilet est pleine de puissance et de charité, et telle qu'elle doit calmer, affermir, consoler par l'onction du Saint-Esprit. Beaucoup pleurent, et quoique rien ne puisse faire prévoir ce qui va arriver, on sent qu'on marche vers un dénouement.
M. Pradez : « Un même esprit nous conduit. Que noire décision soit unanime. Mais avez-vous fait attention que la proposition de M. Ch. Baup est un ultimatum, une sommation au grand conseil? Celui-ci ne pourrait, sans déroger, céder à la voix du clergé, mais, par la voie légale et naturelle, il cédera à celle du peuple. »
Sous ses dehors un peu compassés, le bon, l'aimable pasteur
Décoppet, de Poiny, cherche à concilier les deux opinions Baup et Espérandieu. Il craint que les pasteurs ne perdent leur cause en insistant trop sur les difficultés d'exécution. Mais, au fond, sa proposition n'aboutirait qu'à une démission conditionnelle pour tous. El le gouvernement, avec son habileté, scinderait le clergé en deux fractions, et, à son dire, sauverait le pays des méthodistes.
M. Fréd. Chavannes ne parle pas mal, mais trop longuement et trop vite, ce qui nuit à la dignité de sa parole. Il expose tout le système de l'indépendance de l'état et de l'église, même avec ses détails d'organisation. C'est intempestif; cela compromet gravement le résultat, car beaucoup l'ont positivement dit : ils ne veulent rien d'une église indépendante qu'ils ne comprennent pas. Hier, M. Monnard s'est clairement prononcé pour une église indépendante, mais avec plus de tact et sans mettre, pour le moment, trop d'accent sur ce point.
L'opposition du passé qui s'est montrée dans la première séance a cessé. M. Chavannes, du Mont, fait dire qu'il se sent faible, âgé, qu'il ne peut plus décider en celte question comme ses frères et qu'il les suivra. Les frères Curtat ne paraissent pas, seulement le cadet traverse parfois la salle. MM. Fabre, Bujard sont toujours dehors; M. Pache disparaît constamment. M. Curchod persiste dans son opinion. M. Puenzieux est un vieillard qui a aussi écrit son adresse au grand conseil. Il comprend bien qu'elle ne peut plus aller, mais elle pourrait se transformer en une adresse au peuple. 11 se rapproche de la fenêtre pour la lire. M. Espérandieu lui vient en aide. Ce sont des conditions. M. Puenzieux veut sauver les bonnes mœurs. On l'écoute avec respect pour son âge.
Le vieux pasteur Leresche, demandant avec instance qu'on lui laisse la parole, la reçoit du plein pouvoir du président. Il supplie alors M. Baup d'abandonner sa motion et conjure qu'on soit unanime dans la démission. Pour lui, il a reçu assez de