CHAPITRE VII
crachais et de soufflets. Mais M. Pache, profitant de la déviation à l'ordre en faveur de M. Leresche, s'écrie que, pour le nom du Seigneur Jésus qui a été mis en croix, il supportera soufflets et crachats. Alors M. Victor Mellet, de Bex, rappelle qu'à la vérité toutes les vertus chrétiennes doivent être exercées à la fois, mais, que dans certaines circonstances, l'une ressort plus que les autres. « Quand on me donnera un soufflet, je pardonnerai, je devrai montrer de la charité; quand on donnera un soufflet à mon Maître, je devrai montrer de la fidélité. Pour la démarche que nous allons faire, je suis le plus libre de vous tous, car je suis le plus pauvre et j'ai neuf enfants. »
M. Monnard annonce que la motion de M. Espérandieu a subi quelques modifications et semble devoir concilier tout le monde. MM. Ch. Baup, Décoppet, Germond retirent leurs motions. Il s'agirait d'une démission signée immédiatement et valable depuis le 10 ou plutôt depuis le 15 décembre, afin que les pasteurs suspendus, qui n'ont pas encore fait leurs adieux à leurs paroisses, pussent les faire.
Onweut avertir le peuple, mais les paroles, les écrits ne l'avertiront pas comme un fait. S'adresser au grand conseil en lui posant des conditions, est-ce le rôle de subordonnés? « Je veux une église nationale où tous soient unis. Aussi, je vous en conjure, si vos consciences vous le permettent, unissez-vous pour une seule mesure.
» Vous avez à défendre les intérêts de la morale, de la religion dans le canton de Vaud. L'Europe, l'église chrétienne vous regardent. Jusqu'à présent, dans aucune assemblée de la nation, il n'y a eu un homme qui se soit levé courageusement pour défendre ces intérêts éternels. Ne le ferez-vous pas, vous
que Dieu a placés comme sentinelles avancées de son peuple d'Israël? Je vais lire cette adresse. »
Certes, M. Monnard a dû déployer une singulière activité, une présence d'esprit extraordinaire, pour arriver à fondre toutes les motions dans celle de M, Espérandieu, avec quelques légères modifications qui n'en changeaient pas l'esprit. C'était l'homme d'action et d'organisation le plus expérimenté de l'assemblée, et il était indispensable pour que les discours ne fussent pas seulement des discours, mais des actes. M. Monnard absent, M. Ch. Baup l'emportait, car M. Espérandieu était trop jeune et trop prononcé pour entraîner l'assemblée.
L'adresse lue, M. Monnard se tourne vers M. Miéville et lui dit : « M. le président va signer 1 » Moment où l'émotion agite tous les cœurs! On demande une prière ; M. Leresche, de Morges, prie : prière émue, pleine d'humilité 1 par laquelle il demande à Dieu de donner à chacun d'agir selon sa conscience. En face de celte grande mesure, l'assemblée est profondément remuée. Viendra-t-on signer par bancs, ou reprendra-t-on la liste des pasteurs? Ce dernier mode est choisi, et la voix de M. Espérandieu commence à retentir.
Combien viendront? Ils viennent, ils viennent tous! M. Baup, d'Yvorne, signe et élève la voix : « Pour qu'il y ait unanimité! pour ne pas me séparer de mes frères, quoique l'âme angoissée, je signe! » Tandis que les uns après les autres s'approchent du bureau pour signer, on essaie d'une discussion sur des propositions importantes de M. Monnard : le bureau devra s'occuper de l'impression de l'adresse; il devra nommer, pour la réorganisation de l'église, une commission de sept membres à laquelle des laïques seront adjoints. M.Berdez, député par sept autres frères, annonce qu'ils signeront si l'on adoucit quelques termes; mais la majorité veut conserver l'adresse telle quelle. Les signatures arrivent, et tel qui croyait signer le centième, se trouve être plus rapproché du deux centième. L'assemblée