CHAPITRE VII
dempteur de nos âmes, qui nous a fortifiés, vous assiste et vous guide ! Qu'il nous unisse tous dans une même foi, dans un même courage et dans un saint amour, et qu'ainsi soit ratifiée d'en haut la bénédiction que prononcent sur vous vos pasteurs. Amen l.
Comme on le comprend facilement, les appréciations sur l'assemblée du clergé et sur la démission varièrent beaucoup dans le pays. Il va sans dire que l'organe semi-officiel du gouvernement jeta feu et flammes. A l'en croire, l'assemblée avait été constamment secrète; ses lugubres délibérations avaient eu lieu dans l'ombre, à l'hôtel de ville, foyer des réactions, citadelle jadis barricadée (au 14- février??) pour faire couler le sang des citoyens. La séparation de la plupart des pasteurs était un fait grave, dont les conséquences pouvaient être immenses pour l'avenir de l'église et pour celui de l'état; un fait qui pouvait amener des perturbations dans notre état social. Mais la responsabilité de cet acte retombait sur ceux qui l'avaient commis, sur les ministres qui s'étaient retirés sans motifs, pour des raisons sans importance. Et ici \e Nouvelliste reprenait les allégués des démissionnaires pour les réfuter. Le conseil d'état avait eu raison de défendre aux pasteurs d'officier dans les oratoires, puisque ceux-ci avaient un caractère de méthodisme incompatible avec le maintien de l'église nationale. Et comme le pays haïssait l'esprit de secte et de dissidence, si ces réunions extralégales avaient continué, il en aurait pu résulter des troubles graves. Au surplus, les pasteurs avaient été punis si
1 Consulter sur l'assemblée des 11 et 12 novembre et sur la démission : Courrier suisse, 1845, N° 91, 14 novembre. — Bulletin religieux, N°s h et 12, 25 novembre, 10 décembre. — C. Baup, Précis des faits, pag. 32-48. — F. Chavannes, La crise ecclésiastique, etc., pag. 39-43. — Nous avons largement fait usage des notes prises, séance tenante, les 11 et 12 novembre, par un des assistants qui ne quitta pas un instant la salle de l'hôtel de ville.
MOUVEM. REL1G. VI. 12
légèrement! ! Le conseil d'état avait défendu que des ministres hostiles à l'église nationale parleurs tendances séparatistes, que des ministres qui étaient sortis du sein de cette église parce qu'ils ne l'aimaient pas, ou qui ne lui avaient jamais appartenu et arrivaient des pays étrangers, avec des doctrines étranges et partout réprouvées, montassent dans les chaires de l'église nationale. Mais qui ne louerait l'autorité pour cette mesure? Qui ne blâmerait pas ceux qui la blâment?
Certains ministres, dit le Nouvelliste, veulent quitter l'église nationale parce que le conseil d'état les a chargés de lire en chaire la proclamation du 3 août. Plusieurs pasteurs ont été punis pour le fait du refus, par des peines très douces! « C'est là tout, absolument toull » Mais « les ministres, malgré leurs protestations, voudraient être indépendants de l'état, et même le gouverner! » Eh bien, les ministres n'échapperont pas à la surveillance de l'état, ni des comités, des consistoires, etc., s'ils forment des réunions libres. Aussi dans tout cela, ils ont été le jouet d'un parti politique. Leur refus de lire la proclamation était une œuvre politique. Leur cause se confond complètement avec le parti politique déchu, et ils n'ont pas vu que ce parti les exploitait. Mais « si les pasteurs n'ont pas vu cela, le peuple l'a vu, le peuple voit que ce n'est pas l'église qui est en cause et que ce n'est pas l'église qui tombera. L'église nationale ne tombera qu'avec la nation; parce que l'église, c'est les citoyens, c'est le peuple, c'est la nation. Celui qui quitte l'église renonce à la nation, au peuple, à son droit de cité, et le peuple reniera celui qui l'a renié 1 »
Les pasteurs ont été dans toute cette affaire le jouet de quelques membres ambitieux du clergé, qui ont des rancunes contre le pouvoir civil, de vieilles vengeances à satisfaire. Mais ceux qui se préparent à quitter l'église nationale manquent grandement à leur devoir. Ils reculent devant le moindre arrêt; ils se retirent pour rien du tout, pour une affaire d'amour-propre! i