‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 95 sur 269 · CHAPITRE VU · texte numérisé non relu

CHAPITRE VU

nons cependant à consigner ici, dès à présent, les jugements que Vinet porta sur la grave démarche des pasteurs démissionnaires. Nous pouvons bien, en effet, donner en premier lieu la parole à Vinet, car si sa position était différente de celle de ses frères dans le ministère, leur cause lui était chère. Il sympathisait profondément avec les pasteurs, et il le leur prouva en faisant entendre, au milieu des invectives des uns et des flatteries des autres, la voix parfois sévère, mais toujours juste de la vérité.

Vinet, comme M. Rambert l'a fait judicieusement remarquer, songeait, lui, à l'église dans le sens général et supérieur du mot, à l'église épouse et continuatrice de Jésus-Christ, tandis

Zurich, dans son sermon sur Yéglise et ses adversaires, traduit en français et vendu au profit de la caisse des démissionnaires. (Lausanne, G. Bridel, 1846, 16 pag. in-8.)

Nous négligeons de mentionner ici un certain nombre d'écrits, récits ou sermons ayant trait aux événements du jour, mais d'une manière trop peu historique.

S'il parut après la démission beaucoup de plaidoyers en faveur de cet acte, il parut également plusieurs brochures destinées à le combattre. La première en date est intitulée : Un pasteur à ses paroissiens, (Lausanne, Blanchard, 1845, 16 pag. in-8.) Le respectable Charles-Louis S*** est un type de ces hommes désignés chez nous par le mot caractéristique de mitons. Il désapprouve la démission, les oratoires, etc., mais il ne défend pas non plus absolument le conseil d'état. — Le tout, du reste, est bien faible. — M. N. Châtelain, dans son Petit écrit au sujet de l'affaire des ministres (Lausanne 1846, 16 pag. in-24), a fait preuve d'une bien grande ignorance des faits et de la question essentielle. Aussi son Petit écrit n'est-il qu'une apologie absolue du gouvernement. La Réponse d'un paroissien à MM. les pasteurs et ministres démissionnaires (février 1846, grand in-8) n'est qu'un factum grossier et sans valeur. M. Fazy-Pasteur, de Genève, ancien magistrat, homme considéré et membre d'un nombre prodigieux de sociétés savantes, ne craignit pas, dans son Examende la crise religieuse actuelle dans le canton de Vaud (Genève 1846, 60 pag. in-8), de faire preuve tout à la fois d'ignorance, d'aveuglement et de passion. Pour lui, le clergé genevois était le type du genre : or le clergé vaudois ayant agi autrement que ne l'aurait fait le clergé genevois, il était évident qu'il avait erré en tout. Cette singulière élucubration provoqua de fermes réponses, d'abord de M. César Malan : Quelques premiers mots à M. Fazy-Pasteur, etc. (Genève, 1846, 22 pag. in-8), au point de vue dogmatique; puis de M. L. Vulliemin : Lettre adressée à M. Fazy-Pasteur, etc. (Lausanne, G. Bridel, 1846, 16 pag. in-8), au point de vue historique et local ; pages charmantes, d'une ironie aussi pleine de finesse que d'égards.

que, parmi les pasteurs, plusieurs songeaient surtout à l'église nationale du canton de Vaud, à ses temples, à ses presbytères. Lorsqu'il apprit que le clergé se réunirait en assemblée générale pour délibérer, il en espéra peu de chose. « La question à résoudre, disait-il, est purement individuelle. En faire une question de majorité, c'est la dénaturer » La démission une fois donnée, Vinet accentua encore plus fortement les craintes que lui faisait éprouver la collectivité de cet acte.... « C'est un sursis ou un répit accordé au gouvernement; c'est un mois dont on lui fait présent, et dont je pense qu'il tiendra et rendra bon compte. Au bout de ce mois, nous relirons la liste des démissions.... J'aime mieux vingt démissions que deux cents.... Quarante démissions, bien données, auraient profité à l'Evangile, à la vie religieuse du pays, au principe de l'indépendance de l'église2. » Vinet n'aurait donc pas été pour une démission conditionnelle, et il gémissait des illusions des pasteurs qui s'imaginaient que l'église du gouvernement allait devenir l'église de la nation. « Le gouvernement, disait-il, est, beaucoup plus que le clergé, à l'image du peuple vaudois. Soutenir le clergé, ce serait faire une contre-révolution. Le débat n'est pas entre l'église du gouvernement et l'église de la nation, mais entre l'église du gouvernement et l'église du clergé.... Aucun des ministres démissionnaires ne sort ou n'est censé sortir de l'établissement parce que les faits lui ont ouvert les yeux sur les vices d'une association entre l'église et l'état 3. »

1 Le Semeur, 1845, 12 novembre, et Liberté religieuse, pag. 441.

* En principe, nous croyons que M. Vinet avait raison. Cependant il est peut-être nécessaire de rappeler que l'action individuelle n'aurait probablement pas abouti à grand'chose. Les intelligences les plus lentes, les esprits les moins éclairés, devaient recevoir une impulsion des consciences plus délicates, des yeux mieux ouverts. La position de tous était, vis-à-vis des gouvernants, la même ; il ne devait y avoir qu'une seule démarche à faire; il fallait qu'en s'expliquant, la position apparût aussi claire à tous.

* Le Semeur, 1845, N° 47, 19 novembre. M. Vinet rappelle cependant que M. Scholl avait envoyé sa démission avant la réunion des ministres.

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