‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 97 sur 269 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

d'état, qu'ils arrivent au sentiment distinct, très vif et angoissant de cette incompatibilité.

Une fois parvenus à la pleine intelligence de cette vérité, les pasteurs se montrent très forts dans leur résistance à la doctrine du gouvernement. Qu'on relise leurs déclarations successives; qu'on relise en particulier l'acte de démission et les adresses qui l'accompagnent, et on remarquera avec quel soin ils s'attachent à ce qui constitue l'essence et la nature propre du ministère évangélique. Leur qualité de fonctionnaires de l'état, qu'ils ont trop volontiers admise et trop facilement reconnue au début, cède de plus en plus la place à leur qualité de serviteurs de Christ pour le salut des âmes.

Serviteurs de Christ, voilà bien en effet ce qu'ils étaient d'abord dans leur pensée, dans leur cœur, dans l'esprit de leurs saintes fonctions. Ils y insistent maintenant, et ils ont raison d'y insister. Seulement, en insistant sur cette vérité, en s'élevant ainsi à la hauteur de leur mission et du caractère qu'ils doivent revêtir, les pasteurs sortent de la position qui leur est faite, qui leur est reconnue, qui leur est garantie par la loi : ils ne peuvent plus être, en réalité ils ne sont plus les fonctionnaires de l'église issue des délibérations de 1839. Ici, en effet, est le nœud de la question. Nous avons vu ce que cette loi de 1839 avait fait du ministère pastoral. Eh bien, il faut le reconnaître, la position faite aux ministres vaudois en 1845 par le gouvernement du canton était, tout entière, implicitement déjà dans la loi ecclésiastique. En acceptant cette dernière, les pasteurs en avaient accepté logiquement les conséquences. Ils ne le croyaient pas alors; ils ne le veulent plus aujourd'hui. Voilà la différence. En fait, il y a là une contradiction. Mais cette contradiction, — sorte d'expiation qui en exigera une plus douloureuse encore, — cette contradiction, promptement et habilement saisie, fait la force du conseil d'état. Il a pour lui la loi et la logique de la loi. Nous souffrons d'avoir à le constater, mais

notre devoir nous appelle à être vrai avant tout. Et d'ailleurs la faute commise en 1839 par la très grande majorité du clergé était bien explicable alors, bien entourée de circonstances atténuantes ; elle était une erreur de jugement et non un défaut de conscience. Celte faute, et la situation déplorable dans laquelle elle avait placé le clergé, ne sauraient en aucune manière justifier la conduite du gouvernement issu de la révolution de février.

Ce que le gouvernement paternel d'avant 1845 avait pris peine à éviter, celui de 1845 le fit par haine des ministres, de la religion et de la piété. Dans cette honteuse croisade, le gouvernement se sentait fort; il avait pour lui le peuple, ce peuple dont l'éducation, au point de vue des droits de la conscience, s'était faite essentiellement sous l'empire de la loi du 20 mai 1824, rééditée en puissance parla décision législative du 20 mai 1845. Or, ce peuple, le gouvernement le connaissait infiniment mieux que les pasteurs, dont les illusions à cet égard étaient grandes, si grandes même, qu'ils durent se voir abandonnés de la très grande majorité de leurs paroissiens avant de croire à leur indifférence, si ce n'est même à leur haine.

Au fond, le peuple ne sentait aucun lien de solidarité entre ses pasteurs et lui. Jusqu'ici, l'idée de l'église, de sa nature, de sa vie, de ses droits, lui était restée presque complètement étrangère. Pour lui, du 14 février au 12 novembre, il n'y avait eu rien de changé dans l'église. Chaque dimanche, les cloches avaient sonné comme autrefois, le pasteur était monté en chaire, le sermon avait été prononcé. Toujours les baptêmes, les mariages s'étaient célébrés et les ministres avaient continué à tenir les registres de l'état civil. On avait vécu, on avait fait ses affaires. Et pour quelqu'un qui n'aurait pas lu les journaux, qui se serait tenu à l'écart des conversations du cabaret ou de la place publique, en vérité, la question des ministres n'aurait pas existé. Pour plus d'un, chez nous, les choses ne s'étaient pas passées autrement depuis neuf mois.

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