‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de Vaud (volume 4)Chapitre 98 sur 269 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Habitué à considérer ainsi les choses d'église, le peuple ne pouvait voir dans ce qui se passait entre le pouvoir civil et le clergé qu'une querelle entre le conseil d'état et les ministres. Lui aussi, répétait à sa manière le mot cynique du journal officiel : Que de bruit pour un curé puni par son évêque !

On comprend dès lors que le clergé, pressentant graduellement les dispositions peu favorables du peuple, ait éprouvé le besoin et reconnu la nécessité d'intéresser Yéglise au débat. Aussi, à diverses reprises, et en particulier dans l'adresse qui accompagne l'acte de démission, les pasteurs parlent-ils des droits méconnus de l'église, et même de ses franchises, oubliant ainsi que cette église, ou plutôt cet établissement ecclésiastique, n'avait aucune franchise et que, de par la loi, elle était subordonnée à l'état. Dans l'acte de démission, ils insistent bien plus, et avec bien plus de raison, sur la liberté nécessaire au ministère, parce que c'était là, au fond, la vraie question.

Les pasteurs établissent une distinction entre ce qu'ils appellent Yéglise du gouvernement et ce qui deviendra, disent-ils, Yéglise de la nation! Distinction que le peuple était incapable de saisir, et distinction arbitraire! La seule église que le peuple connût, c'était l'église du gouvernement; celle que la loi lui avait faite, sans lui, sans sa participation, sans son vote; mais église de la nation, néanmoins, absolument comme tout ce que fait le grand conseil est censé être fait par le peuple, avec son consentement tacite, sinon avec son approbation hautement exprimée. Le peuple ne pouvait entrer dans ces détails, trop subtils pour lui. Aussi les pasteurs ne furent-ils pas compris. En quittant l'église du gouvernement, ils ne trouvent point cette église de la nation qu'ils ont promise; ils ne trouvent point d'église. Pour en avoir une, il faudra qu'ils la créent, et, grâce à Dieu, les pasteurs ne failliront pas à cette mission. Mais que de déceptions encore, que d'écueils à éviter, et que d'écoles à faire! C'est l'histoire des temps qui ont suivi la dé-

mission du 12 novembre. Seulement, qu'il soit bien entendu dès maintenant que l'église nationale du canton de Vaud étant, avant la date que nous venons de rappeler, une église de gouvernement, a conservé, après cette date, le même caractère. La sortie d'un nombre considérable de ministres de l'établissement officiel a simplement laissé des cures vacantes et forcé le gouvernement à quelques ménagements vis-à-vis des fonctionnaires de l'ordre ecclésiastique. Etablissement de l'état, l'église nationale du canton de Vaud est restée, après comme avant, établissement de l'état. Ayant perdu en 1839 ce qui lui restait des caractères d'une église, les mesures du pouvoir civil de 1845 ne pouvaient plus rien lui ôter. Depuis la mise à exécution de la loi de 1839, l'église avait été légalement supprimée. Nous ne disons pas qu'elle n'existât pas, mais elle se glissait lentement et péniblement à travers l'organisme hétéroclite dû aux législateurs de 1839, et le moment allait arriver où elle surgirait du sol qui avait abrité sa vie et ses progrès.

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